
Le Nouvel Esprit Public
Par Philippe Meyer
Réseau : Nouvelles Ecoutes
100 épisodes
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Épisodes

Demain, quoi d’autre ? / n°141
DEMAIN, QUOI D’AUTRE ?
Huit semaines après le confinement, on assiste à la multiplication des propositions pour la reprise. Beaucoup ont une tonalité écologiste et solidaire. 66 parlementaires à la fibre écologique et sociale issus de plusieurs groupes ont lancé une consultation citoyenne « Le Jour d’après », dont les résultats ont été publiés le 13 mai. Ils rejoignent ceux d’une étude de Viavoice pour Libération publiée le 31 mars : sont appelés de leurs vœux par 70 % à 85 % des sondés la « souveraineté collective », nationale et européenne, le « dépassement de la société de marché » et la défense des biens communs.
Depuis le début de la pandémie, l’État, « joue un rôle d'amortisseur majeur », face à la crise constate le Gouverneur de la Banque de France : « L'intervention publique massive a absorbé au moins les deux tiers du choc, et réduit d'autant son impact pour les ménages et les entreprise ». Pour assurer la sauvegarde de l’emploi, le soutien public se monte à 26 milliards d’euros. Il a permis à près de 6 salariés du privé sur 10, soit plus de 12 millions de Français, de bénéficier de l’allocation d’activité partielle. Le patron du MEDEF demande à l'État la prolongation de ce dispositif. La CGT réclame une augmentation des rémunérations des professions « les plus modestes ». Le secrétaire général de la CFDT, estime qu’« il faudra redistribuer les richesses », et propose de créer « un impôt exceptionnel sur des entreprises liées à des secteurs qui n'ont pas été impactés par la crise, voire qui ont réalisé des bénéfices ».
Ce rôle central de l’État est soumis à plusieurs questions. Sylvain Fort, l'ancienne plume du président, remarque qu’en Europe, l'effort allemand est largement venu de la société civile, c'est-à-dire des entreprises, des hôpitaux et des citoyens, qui n'ont pas attendu les consignes de l'État pour agir. L'Allemagne a en outre bénéficié de l'adaptabilité supérieure que lui donne son organisation fédérale, alors qu'en France, l'administration centrale a, pour lui, un peu trop gardé la main. C’est la pétrification de cette administration que d’autres voix mettent en cause et le président de la République, qui affirmait, le 13 avril, la nécessité de « sortir des sentiers battus, des idéologies » et se « réinventer », s’est entretenu jeudi avec les signataires prestigieux d’une tribune publiée par le Figaro sous le titre « Libérons l’hôpital du fléau bureaucratique ! »
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Liberté, que d’abus on commet en nom / Couple franco-allemand : chambre à part / n°139
LIBERTÉ, QUE D’ABUS ON COMMET EN TON NOM
Le projet de loi prolongeant l'état d'urgence sanitaire de deux mois jusqu'au 24 juillet a été adopté par l’Assemblée et modifié par le Sénat. Le président du Sénat saisira le Conseil constitutionnel après le scrutin définitif. L'institution aura huit jours pour se prononcer. La majorité sénatoriale lancera une commission d'enquête sur la crise sanitaire. Avec 36 membres prévus, cette commission sera plus large que celle qui avait traité l'affaire Benalla, en septembre 2018.
Le site gouvernemental Vie Publique rappelle que l’état d’urgence autorise le Premier ministre à prendre par décret des mesures limitant la liberté d'aller et venir, la liberté d'entreprendre et la liberté de réunion (y compris des mesures d'interdiction de déplacement hors du domicile) ; des mesures de réquisition de tous biens et services nécessaires pour mettre fin à la catastrophe sanitaire ; des mesures temporaires de contrôle des prix. Ces mesures doivent être proportionnées aux risques encourus. Le ministre en charge de la santé a le pouvoir de prescrire par arrêté motivé toutes les autres mesures qui s'inscrivent dans le cadre défini par le Premier ministre.
En présentant les modalités du déconfinement à venir, Édouard Philippe a donc annoncé que la liberté de circulation sans attestation serait la règle, excepté à Mayotte, mais une liberté limitée et surveillée. Une infraction aux règles applicables dans les transports en commun, comme le port obligatoire du masque et la possession d’une attestation d’employeur sera sanctionnée par une amende de 135 euros. Une limite de 100 kilomètres calculée à vol d'oiseau à partir du lieu de résidence est fixée pour les déplacements, sauf motif professionnel ou familial impérieux. Cette limite ne s'applique que si l'on quitte son département de résidence. Parcourir plus de 100 kilomètres dans son département de résidence reste possible sans restriction. Toutefois, pour permettre le contrôle de la règle des 100 kilomètres, une nouvelle attestation sera disponible (papier ou numérique) sur le site de Beauvau. Pour le contrôle d'un trajet à moins de 100 km de son domicile, un simple justificatif de domicile sera suffisant. Le défaut de présentation d'un justificatif sera sanctionné par 135 euros d'amende, susceptible d'augmenter en cas de récidive.
La fermeture des frontières restera la règle, l'autorisation de passer l'exception. « Concernant les entrées et sorties de l'espace européen, l'assouplissement progressif et ordonné des règles de circulation viendra en temps voulu », a assuré le ministre de l'Intérieur. Mais il sera décidé avec l'ensemble des États concernés. Pour ce qui est des frontières entre la France et ses voisins européens, les restrictions mises en place sont prolongées jusqu'au 15 juin.
Un article du texte pourrait se révéler particulièrement sensible, dans les discussions à venir au Parlement : l'article 6 du projet de loi, qui crée un « système d'information » - en clair, un fichier permettant de recenser les personnes infectées par le coronavirus « ou susceptibles de l'être », et les personnes ayant été en contact avec elles.
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COUPLE FRANCO-ALLEMAND : CHAMBRE À PART
Entre Paris et Berlin, les écarts se creusent. Lors du sommet européen du 26 mars, la chancelière allemande a rejeté les « coronabonds », cette mutualisation des dettes réclamée notamment par la France et l'Italie. Le 5 mai, la Cour constitutionnelle allemande a exigé de la Banque centrale européenne (BCE) qu'elle justifie dans les trois mois son programme d'achat de dettes lancé en 2015. Sinon, les juges ordonneront à la Bundesbank principale actionnaire...
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Déconfinement : l’archipel français / Relance économique et urgence climatique / n°138
DÉCONFINEMENT : L’ARCHIPEL FRANÇAIS
« Nous allons devoir vivre avec le virus » a prévenu le Premier ministre en présentant le 28 avril son plan de déconfinement à l'Assemblée nationale, qui l'a adopté par 368 voix pour et 100 contre. Les départements seront répartis en deux catégories : ceux peu touchés par l'épidémie seront déclarés verts et pourront piocher dans les différentes mesures de déconfinement annoncées pour le 11 mai. Les autres, rouges, seront soumis à un régime plus strict. ÉdouardPhilippe s’appuie sur l’avis de l'Académie de médecine qui a recommandé, le 7 avril dernier, que « la sortie du confinement soit décidée sur la base de la région et non par classe d'âge ».
Élaborés par la Direction générale de la santé et Santé publique France, trois critères orientent cette classification qui sera arrêtée le 7 mai prochain. Ainsi le bulletin de santé d'un département sera rouge si, sur son territoire, « la circulation du virus reste active », si « les capacités hospitalières en réanimation restent tendues » et si « le système local de tests et de détection des cas contacts » n'est pas suffisamment prêt.
Dans la mise en œuvre du plan gouvernemental, le couple maire-préfet est placé au cœur du dispositif, notamment pour la réouverture des écoles. Dans les départements classés rouges, si des maires ne sont pas prêts pour le 11 mai, l'État recherchera avec eux le bon rythme et la bonne organisation pour chacun des établissements. Pour Édouard Philippe, « Cet esprit, est plus important à comprendre que la règle, parce que c'est celui qui va nous permettre de piloter finement et efficacement la maîtrise de la circulation du virus. Donc il y aura des départements verts, des départements rouges, mais il y aura partout une discussion intense, précise, confiante, pour prendre les bonnes mesures ».
Jeudi 30 avril, le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran a dévoilé la carte départementale provisoire pour le déconfinement du 11 mai. Elle classe, à ce stade, les départements selon trois couleurs : vert, rouge, et orange, pour « incertain ». Les départements orange ont vocation à basculer en rouge ou en vert à la date du déconfinement, sans pour autant signer la disparition d’un nuancier qui s’enrichira de données apportées par les acteurs locaux après le 11 mai. La Haute-Corse, le Cher et le Lot réfutent la couleur rouge qui leur a été attribuée. Vendredi 1er mai, les agences régionales de santé (ARS) d’Occitanie et du Centre ont reconnu des erreurs de comptage.
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RELANCE ÉCONOMIQUE ET URGENCE CLIMATIQUE
Avec 2.200 milliards de dollars, le programme pour la relance économique adopté par le Congrès américain fin mars est le plus important plan d'aide jamais adopté par les États-Unis. La France a annoncé 345 milliards d’euros ; l'Allemagne 750 milliards ; le Royaume-Uni 350 milliards de livres sterling ; la Suisse 42 milliards de francs... Pendant la reprise souhaitée et ainsi aidée sous quelle forme la question du changement climatique sera-elle à l’ordre du jour ?
Le Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climatsouligne dans un récent rapport que pour rester dans la cible des 1,5 degré de réchauffement les besoins d'investissements dans le système énergétique se situent à 2,5% du PIB mondial jusqu'au moins 2035. Le récent « Pacte vert » de l'Union européenne vise à investir 1,5 % du PIB d'ici à 2030, quand les partisans...
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Repartir, mais de quel pied ? / n°137
REPARTIR, MAIS DE QUEL PIED ?
En 2020, selon le Fonds monétaire international, la croissance du PIB mondial pourrait reculer de 3% en 2020 après avoir augmenté de 2,9% en 2019.Le recul serait de 7,5% pour l'économie européenne et de 5,9% pour les États-Unis. 2021, pourrait connaître un rebond de l'économie planétaire estimé à 5,8%. Pour la cheffe économiste du FMI, il s'agit de "la plus grande récession depuis 1929" ».
Paralysée en février par la pandémie, l'économie chinoise a enregistré une contraction de son PIB de 6,8% au premier trimestre. Dans son sillage, ses voisins asiatiques ont connu une forte chute de leur activité. En Asie orientale, les économies ont redémarré progressivement mais restent freinées par le peu d’activité en Europe et aux États-Unis. Toutefois, la Corée du Sud, quatrième économie d'Asie, n’a enregistré qu’une baisse de 1,4 % de son PIB. Les incertitudes sur un possible reprise de la pandémie planent sur l’avenir.
En France, selon une note de l'observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) publiée le 20 avril, « l'impact de deux mois de confinement est estimé à environ 120 milliards d'euros, soit 5 points de produit intérieur brut (PIB) annuel en moins. » L'OFCE a calculé que les foyers français accumuleraient une épargne forcée de 55 milliards d'euros. La Banque de France estime que chaque quinzaine induit une perte de PIB annuel proche de 1,5 %.
Emmanuel Macron a plaidé pour la mutualisation des dettes publiques de la zone euro dans une interview au Financial Times le 17 avril : « Nous sommes à un moment de vérité qui consiste à savoir si l’Union européenne est un projet politique ou un projet de marché uniquement. » Dans un article de la revue Politique internationale l’ancien secrétaire général du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Khan a plaidé pour l’allégement de la dette des pays à faible revenu, et pour l’usage des droits de tirage spéciaux du FMI. Selon lui, « les dégâts peuvent être limités par une politique appropriée sur la demande. » Il appelle à, « une réponse budgétaire mutualisée » en Europe pour laquelle il faudra « rompre l'un ou l'autre de ces deux tabous : l'indépendance de la banque centrale ou l'unanimité des Etats membres. »
En dépit d’une « forte volonté d’avancer ensemble », soulignée par le président du Conseil européen Charles Michel, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne, réunis jeudi en visioconférence, sont restés divisés entre pays du sud et du nord de l’UE, sur la forme que devrait prendre un plan de relance européen. Cependant, les Vingt-Sept ont entériné les mesures d’urgence à 540 milliards d’euros qui complèteront, à partir du 1er juin, les 1.000 milliards d’euros que la Banque centrale européenne s’est engagée à injecter dans l’économie.
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Macron 2, moi le 1er / Dette africaine : moratoire ou annulation ? / n°136
MACRON 2, MOI LE 1ER
Emmanuel Macron, a annoncé, lundi 13 avril, la prolongation d’un mois du confinement en France. Il a esquissé la levée progressive des restrictions et une réouverture des écoles à compter du 11 mai. Cette allocution a été suivie par 36,7 millions de téléspectateurs, soit une part d’audience globale de 94,4 % « un record absolu », selon Médiamétrie. S’il a tracé des perspectives pour le déconfinement, le chef de l’État a aussi maintenu quelques incertitudes sur sa mise en œuvre, laissant le gouvernement assurer, dès mardi, un service après-vente ardu, appelé à être poursuivi avec la présentation « d’ici quinze jours » d’un « plan de l’après-11 mai ».
Plusieurs ministres ont temporisé, préférant parler du 11 mai comme d'un « objectif » et non d'une date officielle de déconfinement. Pour le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner « ce qu'a annoncé le président, ce n'est pas le déconfinement le 11 mai, c'est le confinement jusqu'au 11 mai. Il y a des conditions pour que nous puissions déconfiner le 11 mai. C'est un objectif, pas une certitude ». Alors qu'Emmanuel Macron a annoncé une réouverture « progressive » des crèches, écoles, collèges et lycées à part du 11 mai, le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer a apporté des précisions. « L'école ne sera pas obligatoire le 11 mai, le retour sera progressif. Il y aura des aménagements ». Le ministre a notamment mentionné des mesures différentes selon les régions.
Il appartient au gouvernement et à un haut fonctionnaire, Jean Castex, nommé délégué interministériel chargé des stratégies de déconfinement, de préparer cette phase cruciale dans les moindres détails. Elle consistera à mettre à l'abri les plus fragiles, à tester ceux qui ont des symptômes, à confiner strictement les malades et à équiper en « masques grand public » l'ensemble de la population.
Un passage du discours présidentiel a particulièrement retenu l’attention : "Il nous faudra bâtir une stratégie où nous retrouverons le temps long, la possibilité de planifier, la sobriété carbone, la prévention, la résilience. Sachons sortir des sentiers battus, des idéologies et sachons nous réinventer, moi le premier".
Si 60% des Français souhaitent que la décision politique se fonde uniquement sur des « critères sanitaires », selon un sondage Odoxa, ils sont 39 % à considérer que « l’emploi et la reprise économique doivent aussi être pris en compte ». En outre, les Français doutent de la capacité du président à surmonter la crise. Sondage après sondage, la confiance s'étiole. Le 19 mars, trois jours après la proclamation du confinement, une enquête Ifop pour le Journal du dimanche indiquait que 55% des Français avaient foi en l'exécutif dans la conduite de « la guerre » contre le virus. Quatre semaines plus tard, ils ne sont plus que 38 %.
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DETTE AFRICAINE MORATOIRE OU ANNULATION ?
Peu ou encore peu touché par la pandémie, le continent africain va en subir de plein fouet les conséquences économiques. Pour la première fois en 25 ans, l'Afrique subsaharienne va connaître une récession économique, prévoit la Banque mondiale. Après une croissance de 2,4 % en 2019, la récession devrait se chiffrer en 2020 entre -2,1 % et -5,1 %. Pour la Banque mondiale, les économies africaines sont victimes de la chute brutale de la croissance de leurs principaux partenaires commerciaux (particulièrement la Chine, la zone euro et les États-Unis), des cours des matières premières, de la baisse de...
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La Chine et ses vérités / Le déconfinement et ses hypothèses / n°135
LA CHINE ET SES VERITES
Selon les chiffres officiels, le Covid-19 a fait 2.567 morts en Chine, dans la capitale de la province de Hubei, épicentre de l’épidémie, soit cinq fois moins qu’en Italie. Un bilan jugé bien en dessous de la réalité selon Radio Free Asia (RFA), qui avance le chiffre de 42 000 morts en se fondant sur des estimations du nombre d’urnes délivrées par les sept crématoriums de la ville. Cette polémique est une bombe à retardement pour le régime, à l’heure où il vante à sa population, et aux chancelleries du monde entier sa gestion « efficace » de l’épidémie, avec la bénédiction de l’Organisation mondiale de la santé. Le décalage entre les chiffres officiels chinois, et le nombre de morts en Europe, notamment en Italie interroge jusque chez les dirigeants occidentaux. Craignant une nouvelle vague d’épidémie, la Chine a annoncé coup sur coup le 26 mars, deux mesures spectaculaires pour bloquer le nombre de cas importés : la forte réduction des vols internationaux dès le 29 mars, et la fermeture « provisoire » de ses frontières aux ressortissants étrangers le 28 mars à minuit.
De Milan à Téhéran, en passant par l'Afrique, les bataillons de blouses blanches chinoises volent au secours des populations menacées par le Covid-19. Quelques semaines après l'explosion de l'épidémie à Wuhan, au cœur de la Chine, la seconde économie mondiale rebondit sur le front sanitaire, devenant pourvoyeuse d'aide dans plus de 80 pays, à grand renfort de propagande. Trois cents personnels médicaux en Italie, un laboratoire de dépistage en Irak, un million de masques envoyés vers la France, ou des kits de tests en direction des Philippines. Sans compter 20 millions de dollars d'aide à l'OMS, et de nouveaux subsides en direction de l'Union africaine.
La France a passé commande de près de deux milliards de masques à la Chine, a indiqué le 7 avril le ministre de la Santé Olivier Véran. Des masques qui seront livrés par toute une série de vols d'ici la fin juin, a déclaré le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. A l'Élysée, on tient à souligner la réciprocité qui a existé entre Européens et Chinois, pour rejeter toute idée de sauvetage du Vieux Continent par Pékin. On rappelle qu'à la fin janvier, le gouvernement chinois avait sollicité l'aide de la Commission européenne, qui avait envoyé 56 tonnes de matériel sanitaire, notamment des combinaisons de protection, du désinfectant et des masques chirurgicaux. Aucune publicité n'avait alors été faite sur ce sujet, pour ne pas embarrasser la Chine. La réciproque n'est guère vraie.
Le président chinois, XI Jing Ping a évoqué, lors d'une conversation avec le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, le 16 mars, un nouveau concept de son projet d'investissements baptisé les « routes de la soie », en lui adjoignant une épithète : les « routes de la soie de la santé ». Toutefois, au bout de la route de la santé, les Pays-Bas, l'Espagne, la Finlande ou la République tchèque ont mis en cause la qualité de certaines livraisons de matériel médical d'origine chinois.
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LE DÉCONFINEMENT ET SES HYPOTHÈSES
La stabilisation de l'épidémie de covid-19 en Norvège, Autriche, Slovénie, Danemark, Grèce, Portugal et Suisse pousse leurs gouvernements à envisager de sortir par étapes du confinement, parfois dès la semaine prochaine.
L'Autriche est le premier pays de l'Union européenne à avoir annoncé, le 6 avril, un calendrier de sortie du confinement : les petits commerces, notamment bricolage et jardinage, ont réouvert le 7 avril, tous les autres magasins ouvriront début mai. Mais le télétravail demeurera la norme jusqu'à fin avril. Les établissements scolaires ne devraient pas rouvrir avant le 15 mai. Le masque, obligatoire depuis le 6 avril dans les...
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Europe : questions sans réponses / n°134
« Le climat qui semble régner entre les chefs d'État et de gouvernement et le manque de solidarité européenne font courir un danger mortel à l'Union européenne », a estimé Jacques Delors, ancien ministre français de l'Économie, qui a présidé la Commission de 1985 à 1995, au lendemain du sommet par visioconférence du 26 mars. C’est également après ce somment que Président du conseil italien Giuseppe Conte a appelé l'Union européenne « à ne pas commettre d'erreurs tragiques » face au coronavirus, sinon « l'édifice européen tout entier risque de perdre sa raison d'être ».
Depuis ce sommet, les divisions entre Européens du Sud et du Nord sont ravivées : tandis que le groupe soutenu par la France et sept autres pays européens (la Grèce, le Portugal, la Slovénie, la Belgique, le Luxembourg et l’Irlande, rejoints depuis par Chypre) plaide pour la création d’un instrument commun de mutualisation des dettes sous forme de « coronabonds », celui qui comprend l'Allemagne, l'Autriche, la Finlande et les Pays-Bas, préfère la piste du Mécanisme Européen de Stabilité (MES), un fonds de sauvetage de la zone euro créé en 2012.
Les ministres des finances de la zone euro doivent se réunir le mardi 7 avril, par visioconférence, afin de trouver un terrain d’entente, avant un prochain Conseil des chefs d’Etat et de gouvernement.
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Bada # 22 : Richard Werly raconte la France confinée
Philippe Meyer interroge Richard Werly qui, pour son journal, a voyagé de Saint Denis à Marseille en passant par Montargis et Mulhouse pour observer et comprendre la France confinée.
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Confinement quasi général, dépistage quasi exceptionnel / Le virus, la loi, la société / n
CONFINEMENT QUASI GENERAL,
DEPISTAGE QUASI EXCEPTIONNEL
En Europe, les autorités ont opté pour des stratégies différentes face à la propagation du coronavirus sur leur territoire, tout en surveillant ce qui se pratique chez le voisin. La Commission européenne a lancé, le 18 mars, un appel d'offres pour le compte de dix-huit États membres afin, notamment, d'acheter en commun des kits de tests. Toutefois, les industriels ont jusqu'à fin mars pour répondre à cet appel et Bruxelles ne décidera que début mai des candidatures retenues.
Certains pays ont choisi une politique de confinement qui prend appui sur la diminution des interactions sociales, et donc de la transmission. D’autres ont opté pour une stratégie d’immunité collective qui repose sur l’idée que plus les personnes sont infectées par une maladie, plus elles développent des anticorps contre ce virus, et moins l’épidémie se propage dans la population. La France, la Chine ou l’Italie ont choisi la distanciation sociale. Les Pays-Bas ont fait le choix de l’immunité collective. La Grande Bretagne, après avoir prôné cette solution, a finalement opté pour le confinement.
Le choix du confinement pose la question de son acceptation par la population et celui de sa durée. Il suppose une stratégie définie par l’OMS comme « agressive et ciblée ». L’OMS préconise un dépistage massif, qui permettrait de tester chaque cas suspect, d’isoler chaque cas confirmé et de retrouver puis de placer en quarantaine chacune des personnes avec qui ils ont été en contact proche.
Regardée comme un modèle, la Corée du Sud a pratiqué un grand nombre de tests et s’est servie de la technologie pour localiser les personnes contaminées (même celles avec peu de symptômes). En Europe, l’Espagne, deuxième foyer de contamination en Europe après l'Italie, ne réalise plus le dépistage que sur les malades présentant des symptômes graves, faute de kits disponibles. LaScandinavie réserve le dépistage aux patients acceptés à l'hôpital avec des troubles respiratoires. L’Allemagne a porté à 500.00 le nombre de dépistage hebdomadaire.
En France, face au nombre croissant de cas, les dirigeants s'interrogent sur la possibilité de suivre le modèle allemand de dépistage massif. Mais si le pays dispose d’assez de laboratoires, équipés, il manque de réactifs et d’écouvillons ans matériels fabriqués en Chine et aux États-Unis et pour lesquels la demande excède l’offre.
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LE VIRUS, LA LOI, LA SOCIÉTÉ
Publiée au JO du 24 mars, la loi d’urgence sanitaire pour faire face à l’épidémie de Covid-19 organise le report du second tour des élections municipales, donne un cadre à la notion d’état d’urgence sanitaire, débloque des moyens pour prévenir les faillites, donne aux entreprises la possibilité de déroger au Code du travail, restreint les libertés de déplacement, de réunion (et d’exercice des cultes) et la liberté d’entreprendre.
. « Ce sera un test pour notre démocratie. Nous devons montrer que nous pouvons protéger le peuple des pandémies sans rien renier de nos principes », avait déclaré dimanche dernier au JDD Emmanuel Macron qui, mercredi à Mulhouse, a appelé à « se mobiliser dans l’unité » face aux « facteurs de division ». Patrice Spinosi, avocat à la Cour de Cassation et au Conseil d'État, explique dans un entretien à « l'Obs » : « Les mesures administratives prises (…)par le gouvernement s'appuient notamment... Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

Traitement politique du Coronavirus / D’autres désordres / n°132
TRAITEMENT POLITIQUE DU CORONAVIRUS
Le 17 mars, Agnès Buzyn, l’ancienne ministre de la Santé et candidate de la République En Marche à la Mairie de Paris, confiait au Monde : « Je savais que la vague du tsunami était devant nous. » « Le 30 janvier, j'ai averti [Edouard Philippe que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir. » « On aurait dû tout arrêter, c'était une mascarade. » L'opposition réclame des explications : le leader de La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon s’indigne de ces « aveux consternants », et réclame que la mission d'information ouverte à l'Assemblée nationale sur le coronavirus s'en saisisse ; le député européen (Les Républicains) François-Xavier Bellamy tweete : « Comment ne pas être révolté ? (…) il ne fallait pas pleurer, il fallait agir ! »
Les propos d’Agnès Buzyn ont obligé le soir même le chef du gouvernement à se défendre d'avoir sous-estimé le danger. « Si nous n'avions pas pris au sérieux cet événement sanitaire, je n'aurais pas organisé une réunion dès le mois de janvier » ni « pris des décisions lourdes », a fait valoir Édouard Philippe. Quant à l'alerte de l’ancienne ministre de la Santé sur la tenue des élections, il convient qu'elle a eu lieu le 30 janvier. Mais précise qu'« à l'époque, beaucoup de médecins n'étaient pas d'accord avec elle ».
Le conseil scientifique, nommé le 10 mars pour « éclairer » les choix du gouvernement a rendu public son avis du 12 mars, qui précise le cadre dans lequel il a eu à se prononcer sur un éventuel report des élections : « Cette décision, éminemment politique, ne pouvait lui incomber », expliquent ses membres. Le conseil a simplement précisé qu'« aucun élément scientifique n'indiquait que l'exposition des personnes lors du vote serait plus importante » que si elles allaient « faire leurs courses ». En clair : les scientifiques, loin de valider l'une ou l'autre option, ont simplement rendu un avis technique.
La double injonction contradictoire du gouvernement demandant « à toutes les personnes âgées de plus de 70 ans, à celles et ceux qui souffrent de maladies chroniques ou de troubles respiratoires, aux personnes en situation de handicap, de rester autant que possible à leur domicile » et en même temps, qu'elles se rendent aux urnes, a jeté le trouble dans la population et la classe politique. Dimanche, les bureaux de vote se sont avérés plus vides que les rues. Notamment à Paris. Avec un taux d’abstention de 55,25%, soit une baisse de plus de près de 20 points par rapport à 2014, la participation s'est effondrée comme jamais, posant la question de la légitimité des résultats obtenus lors de ce premier tour. La date du second tour des élections municipales, qui devait initialement se dérouler aujourd’hui, dimanche 22 mars, « sera fixée par décret », prévoit un projet de loi d’urgence, qui acte son report « au plus tard au mois de juin 2020 ».
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D’AUTRES DÉSORDRES
En Afghanistan, l'accord signé le 29 février à Doha par les États-Unis et les talibans vise à trouver une fin à dix-huit ans de guerre, au cours de laquelle près de 3.500 membres des troupes américaines et alliées ont été tués et qui a coûté des milliers de milliards de dollars. D’ici la mi-juillet, environ 4.000 hommes auront quitté...
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Coronavirus, in abstentia / n°131
De l’apparition d’un virus inconnu en Chine à un « Lundi noir » qui a vu les marchés chuter comme jamais depuis fin 2008 : en deux mois, l’épidémie de Covid-19 a mis l’économie mondiale à rude épreuve. L’un des chocs les plus durs vient du pétrole dont les cours ont frôlé lundi les 30 dollars le baril. Le même jour, les marchés boursiers se sont effondrés. Le CAC 40 a perdu 23% en une semaine. Une situation qui pourrait faire perdre au monde jusqu’à 2000 milliards de dollars, selon l’ONU. L’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) a revu à la baisse de 2,9% à 2,4% ses prévisions de croissance mondiale pour 2020. La zone euro est seulement créditée de 0,8% avec une Italie en stagnation.
Aux États-Unis, Donald Trump a proposé mardi un vaste plan de relance de 700 milliards de dollars, après avoir tenté de minimiser, à plusieurs reprises, l’impact du coronavirus sur l’économie américaine. Jeudi, il a mis en cause l’Europe, une institution qui, à ses yeux, a « échoué » face au virus et annoncé la fermeture des États-Unis aux voyageurs en provenance de l’espace Schengen, précisant toutefois que cette mesure ne visait pas le Royaume-Uni.
En Europe, les Vingt-Sept tentent de coordonner leurs réponses budgétaires. La santé ne relevant pas des compétences de l’Union, la Commission n’a reçu que mardi un mandat spécifique de coordination, permettant à sa présidente, Ursula von der Leyen, d’annoncer que l’Union européenne allait créer un fonds de 25 milliards d’euros destiné aux systèmes de santé, aux PME et au marché du travail.
En Italie, le gouvernement a débloqué 25 milliards d’euros et demande à l’Europe davantage de solidarité. En attendant, c’est de Pékin qu’il a reçu des livraisons de matériel sanitaire. Pour sa part, la chancelière Angela Merkel s’est dit prête à revenir sur la sacro-sainte règle du zéro déficit public pour faire face à l’épidémie. Épidémie devenue mercredi pandémie, selon l’Organisation mondiale de la santé.
En France, Bercy évoque un coût « de plusieurs dixièmes de points » de croissance en 2020. Le Président Macron se prépare à une crise longue qui va mobiliser l’ensemble des moyens de l’Etat. Lors de son allocution de jeudi, il a annoncé notamment le maintien des élections municipales, la fermeture de tous les établissements scolaires et décliné une série de mesures en faveur des entreprises et des salariés, assurant « nous ne laisserons pas une crise économique et financière se propager […] nous réagirons fort et vite, quoiqu’il en coûte ».
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L’Algérie, un an plus tard ... / n°129
L’ALGÉRIE, UN AN PLUS TARD…
Il y a un an, le vendredi 22 février 2019, les Algériens se soulèvaientpacifiquement contre la perspective d’un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 20 ans, affaibli par un accident vasculaire-cérébral survenu en 2013. Avec le « Hirak », nom de ce mouvement populaire, l’Algérie entrait en protestation. Des femmes, des familles y participent massivement impulsant un caractère pacifique aux manifestations.
Le 11 mars, le Président Bouteflika annonce qu’il ne se représentera pas etfinit par démissionner le 2 avril. Dans les mois qui suivent, un bras de fer oppose les manifestants à l’homme fort du régime, le général Ahmed GaïdSalah, chef d’état-major depuis 2004 d’une armée qui est un acteur social et économique doté d’importantes ressources financières : son budget s’élève à 12 milliards de dollars, soit 25% du budget de l’État. Des élections présidentielles se déroulent le 12 décembre 2019, sur fond d’abstention massives (60%). Elles portent au pouvoir Abdelmadjid Tebboune. Le 23 décembre, son principal soutien, le général Ahmed Gaïd Salah décède brutalement.
Durant cette année, des ministres, de hauts responsables, des hommes d’affaires, mais aussi des officiers supérieurs, hier tout-puissants, sont envoyés en prison ou sont écartés. Mais les exigences populaires, qu’il s’agisse de la mise en place d’un gouvernement composé de personnalités indépendantes ou la remise à plat des institutions avec, éventuellement, l’élection d’une Assemblée constituante, demeurent insatisfaites.
Aujourd’hui, sur 42 millions d’Algériens, les trois quarts habitent en ville, 30% ont moins de 15 ans et 45% moins de 25 ans. La jeunesse n’a pas connu la décennie noire de la guerre civile des années 90. Dix-sept millions d’Algériens sont connectés chaque jour sur les réseaux sociaux, qui ont joué un rôle essentiel dans la mobilisation. Leurs slogans : « 1962 territoire libéré – 2019 peuple libéré », « qu’ils dégagent tous », « tous des voleurs », « État civil, non militaire ». Actuellement, 1.300 personnes restent visées par des enquêtes judiciaires et 140 sont toujours emprisonnées selon le Comité national pour la libération des détenus.
Plusieurs scrutins à venir – référendum sur la Constitution, élections législatives et municipales anticipées – marqueront l’évolution du rapport de force entre la rue et le régime en place à Alger. En attendant, les manifestations se poursuivent.
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Sexe mensonges et vidéotape / Les désaccords de Munich / n°128
SEXE MENSONGES ET VIDÉOTAPE
Le 14 février, le candidat de la République en marche pour les élections municipales à Paris, Benjamin Grivaux jette l’éponge, après la diffusion sur le web de deux vidéos privées à caractère sexuel. Le 16, la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn quitte le gouvernement pour le remplacer. L’opposition accuse le Président de la République de faire primer la conquête de Paris sur la bonne marche du pays, au moment où la planète fait face à une épidémie de coronavirus aux conséquences incertaines tandis que la France est confrontée à la crise de l’hôpital et à la réforme des retraites.
La bataille des municipales à Paris va voir s’affronter trois femmes : la maire PS sortante, Anne Hidalgo, la maire du 7e arrondissement Rachida Dati pour Les Républicains et désormais Agnès Buzyn pour la République en marche.
La classe politique a unanimement condamné la diffusion des vidéos et mis en garde contre les dangers que cette séquence recelait pour la démocratie. D’Anne Hidalgo à Jean-Luc Mélenchon, en passant par le dissident ex-LRM Cédric Villani, tous ont critiqué les méthodes « indignes » de ceux qui ont publié et participé à la propagation de ces contenus et appelé au « respect de la vie privé ». Pour le président les Républicains du Sénat, Gérard Larcher, « il est grand temps de réguler les torrents de boue qui se déversent sur les réseaux sociaux ». La diffusion des images doit « évidemment être poursuivie », a insisté le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, en référence au délit de pornodivulgation, passible de deux ans de prison et de 60 000 euros d’amende.
Piotr Pavlenski performeur russe réfugié politique en France et Alexandra de Taddeo, destinataire de la vidéo tournée par Benjamin Griveaux et aujourd’hui proche de l’activiste russe ont été mis en examen pour "atteinte à l'intimité de la vie privée" et "diffusion sans l'accord de la personne d'un enregistrement portant sur des paroles ou images à caractère sexuel et obtenues avec son consentement ou par elle-même".
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LES DESACCORDS DE MUNICH
Souvent décrite comme « le Davos de la Défense », la 56e conférence de Munich sur la sécurité a réuni chefs d’Etat et diplomates du 14 au 16 avril, sur lethème de « Westlessness » comprendre « la fin ou la disparition de l’Occident », qui résumait bien l’état d’esprit d’une grande partie des participants. Dans le contexte d’une relation transatlantique dégradée, et alors que les Britanniques étaient absents cette année, deux semaines après le Brexit, plusieurs dirigeants européens en ont profité pour appeler à un sursaut européen.
En ouverture, le président de la République fédérale, Frank-Walter Steinmeir, a répondu positivement à l’appel du chef de l’Etat français, lancé au début du mois lors d’un discours à l’École de guerre, appel en faveur d’« un dialogue stratégique avec nos partenaires européens qui y sont prêts sur le rôle de la dissuasion nucléaire française dans notre sécurité collective ».
Estimant qu’« il y a un affaiblissement de l’Occident, et une politique américaine qui est celle du repli relatif, en tout cas qui reconsidère sa relation avec l’Europe », Emmanuel Macron a exhorté les Allemands à « aller plus vite et plus fort » pour relancer « l’aventure européenne ». Il a soutenu que l’Europe doit réengager un « dialogue... Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

Comprendre le Russie / n°127
Pays de 147 millions d’habitants, répartis sur 17 millions de km2, la Russie est gouvernée depuis vingt ans par Vladimir Poutine. En 2024, l’ancien officier du KGB remettra en principe les clés du pouvoir puisque la Constitution l’empêche de briguer un troisième mandat consécutif. Le 15 janvier, il a annoncé des changements constitutionnels significatifs, qui feront bientôt l’objet d’un référendum. Les pouvoirs de la Douma, l’assemblée, seront accrus, tandis que ceux du président seront diminués. Le Premier ministre Medvedev a été prié de remettre la démission de son gouvernement. Un nouveau Premier ministre a été désigné en la personne de Mikhaïl Michoustine.
S’appuyant sur les forces de sécurité dont il est issu, Poutine est parvenu à marginaliser toute réelle opposition politique. Démocratie autoritaire, la Russie a connu en 2019 des manifestations témoignant d’un réveil de la société civile. Ses revendications ont été parfois écoutées, le plus souvent sévèrement réprimées.
Depuis l’annexion de la Crimée par Moscou, en 2014, et la déstabilisation de l’est de l’Ukraine, la Russie est soumise à des sanctions occidentales. Pour sortir de son isolement diplomatique, Poutine a noué un partenariat stratégique avec la Chine. La Russie est intervenue en Syrie en 2015 en soutien au régime de Bachar el Assad. Au-delà du Moyen-Orient, elle tente aussi de regagner en Afrique ses positions abandonnées après la chute de l’URSS. Sa dernière incursion hors de ses frontières, s’opère en Libye.
Les sanctions pèsent sur l’économie russe, dont le PIB est équivalent à celui de l’Espagne, a reculé de trois places en cinq ans, au douzième rang mondial. Une économie qui demeure confrontée au défi de la modernisation. Un plan d’investissement de 375 milliards d’euros a été annoncé par le nouveau gouvernement pour moderniser d’ici 2024 le pays. L’objectif est de réduire de moitié la pauvreté, dans un pays qui détient le record des inégalités : 1% de la population accapare 60% de la richesse nationale. A cela s’ajoute le recul démographique. Selon l’ONU, la Russie pourrait perdre 20 millions d’habitants à l’horizon 2050. Pour ne rien arranger, un récent sondage indique que 53% des jeunes âgés de 18 à 24 ans souhaitent quitter définitivement le pays.
Critique de l’Europe qu’il juge moralement décadente, antichrétienne, rongée par une immigration islamiste, et diplomatiquement soumise à l’Amérique, Vladimir Poutine a cependant été invité, dès le mois de mai 2017 à Versailles en grande pompe par le président Macron, afin de donner unenouvelle perspective aux relations franco-russes.
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La Macronie bat la campagne ; L’Orient de l’Europe
LA MACRONIE BAT LA CAMPAGNE
Depuis quelques jours, la macronie multiplie les bévues. Florilège : le Conseil d’Etat a étrillé le fin janvier les textes sur les retraites avant de retoquer la circulaire Castaner sur l’étiquetage politique aux municipales. Le président de la République a posé avec un t-shirt contre les violences policières, provoquant la colère des syndicats policiers.
Dans l’avion qui le ramenait le 23 janvier de Jérusalem, Emmanuel Macron a évoqué sa politique mémorielle, affirmant que la guerre d’Algérie pourrait avoir « à peu près le même statut que celui qu’avait la Shoah pour Chirac en 1995 ». Les réactions indignées ne se sont pas fait attendre et le président a procédé à un rétropédalage, niant avoir fait une équivalence mais seulement un parallèle dans le cadre d’une réflexion sur « les sujets mémoriels dans leur ensemble qui « disent quelque chose de ce que vous voulez faire de votre pays et de votre géopolitique ».
Pour avoir insulté l’islam sur son compte Instagram, une lycéenne de 16 ans, Mila est menacée de mort, de viol et d’égorgement. « L’insulte à la religion, c’est évidemment une atteinte à la liberté de conscience, c’est grave » a déclaré la garde des Sceaux, Nicole Belloubet. Or, le délit de blasphème n’existe pas en France. La jurisprudence constante dans l’Hexagone et à la Cour européenne des droits de l’homme fait une distinction : insulter une religion est admis ; insulter les croyants non.
Le rejet, jeudi 30 janvier par la majorité La République En Marche, à l’Assemblée, d’une proposition de loi du groupe UDI-Agir qui visait à instaurer un congé de deuil de douze jours plutôt que cinq pour le décès d’un enfant, a provoqué un tollé dans les rangs de l’opposition et une vive agitation dans la majorité. C’est finalement l’Elysée qui est intervenu en faisant fuiter qu’Emmanuel Macron avait demandé au gouvernement « de faire preuve d’humanité ».
Depuis le début du quinquennat, près d’une vingtaine de députés ont rompu avec le groupe En marche à l’Assemblée.
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L’ORIENT DE L’EUROPE
L’historien britannique Ian Kershaw s’inquiète de la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne, à l’heure où « la montée d’un national populisme dans tous les pays membres menace les fondements de la démocratie ». Il déplore « le retour de certaines formes de nationalisme, de xénophobie, de racisme et de tentations protectionnistes qui vont à l’encontre du projet européen tel qu’il s’est construit après la seconde guerre mondiale ».
Le 16 janvier, le Parlement européen a voté, à une large majorité, une résolution dénonçant la détérioration de l’état de droit en Pologne et en Hongrie. Le lendemain, le président polonais, Andrzej Duda, candidat, en mai, au nom du parti Droit et Justice (PiS) au pouvoir a lancé : « Ils ne vont pas nous dicter ici, en langues étrangères, quel régime nous devons avoir en Pologne et comment doivent être conduites les affaires polonaises ».
En visite en Pologne les 3 et 4 février, le Président Macron a laissé de côté les sujets de discorde entre les deux pays : travailleurs détachés, Otan, état de droit, Russie…, pour effectuer un rapprochement après des années de tensions. La France a besoin de la Pologne alors que le moteur franco-allemand est affaibli et que le Brexit a privé la France d’un partenaire géopolitique et militaire important. Le départ de l’allié britannique et l’éloignement des États-Unis forcent aussi la Pologne à revoir son approche et à considérer la France, rempart de l’islamisme en Afrique, comme un facteur clé de sécurité.
La Hongrie de Viktor Orban a dû répondre de graves entorses à l’état de droit, notamment d’entraves à la liberté de la presse et à l’indépendance de la justice. Après la...
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La Libye au défi de la paix civile ; L’ensauvagement des luttes sociales / n°124
Le sommet de Berlin qui a réuni le 19 janvier des délégations de onze Etats et de quatre organisations internationales (Nations unies, Union européenne, Ligue arabe et Union africaine) concernées par voire engagées dans le chaos libyen, a marqué l’affirmation de l’Allemagne en tant que puissance diplomatique. Le sommet s’est conclu par l’adoption d’une déclaration commune appelant notamment à un « cessez-le-feu » permanent en Libye, à « s’abstenir de toute ingérence dans le conflit armé », à respecter l’embargo en vigueur sur les livraisons d’armes, à répartir équitablement les revenus pétrolierset à relancer le « processus politique » brisé par l’attaque de Tripoli, en avril 2019, par le maréchal dissident Khalifa Haftar.
Un « comité militaire mixte » - composé de cinq membres nommés par le Gouvernement d’accord national de Farez Sarraj et de cinq autres désignés par Haftar est appelé à se mettre en place. Cette entité devra fixer les modalités pratiques de l’hypothétique cessez-le-feu, et notamment le mécanisme de surveillance. Le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guteres a annoncé que ce comité devrait se réunir prochainement à Genève.
Les combats opposent depuis neuf mois le Gouvernement d’accord national de Farez Sarraj à l’Armée nationale libyenne du maréchal Haftar. Sarraj, reconnu internationalement, qui contrôle la capitale Tripoli et l’ouest du pays (la Tripolitaine). Fin décembre, le président turc Erdogan a annoncé une intervention militaire de la Turquie en Libye pour soutenir le gouvernement Sarraj. De son côté, Haftar bénéficie du soutien de la Russie qui lui fournit armes et mercenaires, ainsi que de l’appui de l’Egypte, de l’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis. Il règne sur l’est du pays (Benghazi et la Cyrénaïque), et en particulier sur les ports pétroliers.
L’Europe, proche des côtes libyennes, est la première concernée par le chaos d’un pays où combattent désormais des islamistes venus de Syrie et où vivent 700 000 migrants subsahariens, dont une partie rêve de traverser la Méditerranée. Entre le retrait américain de la région et l’irruption de la Turquie et de la Russie, les vingt-sept divisés sont menacés de marginalisation.L’interminable Brexit, la fragilité gouvernementale italienne, les préoccupations économiques allemandes et la position ambiguë de la France - entre soutien officiel à Sarraj et appui en sous-main à Haftar, qui prétend être le seul à pouvoir pacifier le sud Libyen, porte du Sahel pour le terrorisme islamiste que Paris combat – ainsi que les divisions européennes ont empêché la formation d’un front commun européen en Libye où se joue en partie, avec les djihadistes et la pression migratoire, la sécurité du continent.
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Avocats jetant leurs robes à terre, enseignants faisant de même avec leurs manuels scolaires, ballerines du corps de ballet de l’Opéra de Paris dansant un lac des cygnes protestataire sur le parvis du Palais Garnier, retraites aux flambeaux organisées par les syndicats : l’action contre la réforme des retraites arécemment pris de nouvelles formes. Mais depuis le 17 janvier, la contestation s’est traduite de manière moins souriante ; des militants CGT ont forcé l’accèsau siège de la CFDT, favorable au principe d’un système de retraite par points. Les Bouffes du Nord où le président de la République assistait à une représentation de La Mouche ont connu une tentative d’intrusion suivie, après son échec, d’une manifestation improvisée devant le théâtre. Dans la nuit, un départ de feu...
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Gouvernance mondiale et climat / n°123
A l’heure où les mégafeux qui ont ravagé depuis septembre en Australiequelque 11 millions d’hectares, soit l’équivalent de la Bulgarie, tué au moins 26 personnes, détruit 2 300 maisons et brulé plus de 500 millions d’animaux, les scientifiques redoutent la multiplication de ces incendies sur la planète. Tout l’ouest des États-Unis, les pays méditerranéens, l’Afrique méridionale, une grande partie de l’Asie centrale pourraient être victimes d’événements similaires. L’ancien vice-président du GIEC, le climatologue Jean-Pascal van Ypersele observe que 2019 a été la plus chaude et la plus sèche depuis le début des enregistrements. Selon lui, « cela ne s’explique pas autrement que par le réchauffement climatique ». « Si les gouvernements et les populations n’agissent pas rapidement, les marchés financiers risquent de le faire », affirme l’hebdomadaire britannique The Economist. Dans la lutte contre le réchauffement climatique les signaux positifs peinent à compenser l’augmentation mécanique des émissions liées à la hausse de la population mondiale. Et cela, malgré les nombreuses initiatives internationales et nationales.
Aux Nations unies, en septembre dernier, lors du sommet Action Climat, le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres a rappelé aux dirigeants du monde, qu’ils avaient l’obligation « de tout faire pour mettre fin à la crise climatique ». Mais si le Fonds vert pour le climat – cet instrument financier abondé par les économies développées et mis en place il y a dix ans pour soutenir les pays en développement – a bouclé fin octobre 2019 une enveloppe de presque 10 milliards d’euros sur 2020-2023, les États-Unis manquent à l’appel. Après le succès enregistrés en décembre 2015, à Paris, lors de COP21signé par les 195 États, la 25e édition en décembre dernier à Madrid s’est révélée décevante, n’enregistrant aucune avancée sensible.
Au plan européen, le Green Deal européen (pacte vert) destiné à faire de l’Europe « le premier continent neutre en carbone » dès 2050, a été présenté le 11 décembre dernier, par la nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Au moins 25% du budget de l’Union européenne devrait, à terme, être consacrés à la transition écologique. En France, le président Macron s’est adressé le 10 janvier aux 150 citoyens de la Convention sur le climat, cet outil inédit de démocratie participative né après le grand débat. La lettre de mission du gouvernement fixe pour objectif de réfléchir aux moyens de réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40% d’ici 2030 « dans un esprit de justice sociale ». Pour l’économiste du MIT, Andrew Mc Afee, ce qui motive les gouvernements comme les entreprises, c’est d’abord l’action dela société civile : c’est elle qui suscite la pression nécessaire à tous les changements.
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Le voyage en question / n°121
LE VOYAGE EN QUESTION
En 2018, le nombre de voyageurs internationaux s’est élevé à 1,4 milliard, soit 6% de plus qu’en 2017. L’organisation mondiale du tourisme (OMT) table sur une nouvelle croissance de 3 à 4% cette année et prévoit 1,7 milliard de voyageurs internationaux en 2030.
Première destination touristique mondiale, la France a reçu près de 90 millions de visiteurs étrangers en 2018, majoritairement britanniques, allemands, belges et luxembourgeois. L’Europe demeure la destination la plus prisée avec 713 millions d’arrivées, devant l’Asie-Pacifique (343 millions) et les Amériques (217 millions).
Les 220 millions de touristes chinois en 2018, ont voyagé très souvent en groupe, de préférence dans les pays voisins de la Chine, ensuite en Europe, avec un budget moyen de 4.000€. Les touristes américains voyagent le plus souvent en famille, plus de 4 fois par an, essentiellement dans leur pays. Seuls 18% voyagent à l’étranger et dépensent près de 2.000$ par séjour. Les Français ont privilégié cet été la France à 56%. Ceux qui sont partis à l’étranger ont choisi les pays voisins, avec en destinations phares l’Italie et l’Espagne.
Si le tourisme de masse représente une importante manne financière - globalement, il contribue à plus de 10% du produit intérieur brut mondial - il concentre 95% des voyageurs mondiaux aux mêmes endroits, sur moins de 5% de la planète. Les écologistes dénoncent le « surtourisme ». Il met en danger les animaux sauvages. Il pollue la planète (un avion rejette en moyenne 360 grammes équivalent CO2 lors d’un déplacement d’un km, contre 150 grammes pour une voiture et 11 grammes pour un train). Il rend les villes invivables, comme Venise, Barcelone ou Dubrovnik. Il vide certains quartiers de leurs habitants, comme à Paris, Berlin, Londres ou Amsterdam. Il menace les sites naturels et historiques : Îles de Pâques, temples d’Angkor, Galapagos, Maldives…
Des solutions sont tentées pour remédier au « surtourisme » : répartir les flux géographiquement, les étaler dans le temps, augmenter le coût des séjours, limiter les locations de courte durée, interdire des lieux, imposer ou proposer des quotas, diriger les flux touristiques. Jean-François Rial, vous êtes le pdg du groupe Voyageurs du Monde, et vous réfléchissez de longue date aux phénomènes que je viens d’évoquer. Comment organiser des voyages basés sur le respect des régions et des populations visitées, comment organiser la solidarité et la répartition équitable des retombées économiques du tourisme, comment contrebalancer la pollution créée par les transports aériens ?
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BADA # 18 : Grève, COP 25 et séries télévisées
Les échanges avec le public du 8 décembre 2019.
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La géopolitique des séries ou le triomphe de la peur
LA GÉOPOLITIQUE DES SÉRIES OU LE TRIOMPHE DE LA PEUR
Au lendemain du 11 septembre 2001, la géopolitique a envahi non seulement le réel mais aussi nos imaginaires. Les séries sont devenues des références politiques tout autant que culturelles. Par la force de leurs intuitions, les scénaristes ne sont-ils pas les meilleurs analystes du monde contemporain ? Que perçoivent-ils de nos sociétés ? Avant tout la peur, répond Dominique Moïsi dans son ouvrage « La géopolitique des séries ou le triomphe de la peur ». La peur de la barbarie et le triomphe du chaos avec Game of Thrones, (Le Trône de fer), la peur de la fin de la démocratie avec House of Cards, (Le Chateau de cartes) celle du terrorisme avec Homeland, celle d’un ordre du monde qui disparait dans Downton Abbey, enfin la peur de la menace russe avec Occupied (Envahis).
Foreign Policy s’était amusée à transposer le monde fantastique de Game of Throne ou la fascination du chaos, dans le Moyen-Orient d’aujourd’hui. Ainsi les Lannister sont l’Arabie saoudite, la Maison Stark les mouvements d’opposition qui ont brièvement accédé au pouvoir au lendemain des « printemps arabes » ; la Maison Barathéon représente les autocrates… Après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, la réalité a dépassé la fiction. Ce n’estplus Winter is coming, mais Winter has come. Et comme dans la série, on peut craindre qu’il ne dure très longtemps.
Dans Downton Abbey, Dominique Moïsi analyse la nostalgie de l’ordre. La série débute en 1912. Un monde s’apprête à être bouleversé. Cette saga familiale aurait pu s’appeler « Le déclin de la famille Crawley ».
La problématique de Homeland – et si l’ennemi venait de l’intérieur, et s’il était nous ? – a pris une crédibilité plus grande aux lendemains des attentats de Londres en 2005, des assassinats de Toulouse en 2012, de Paris en 2015, de Fort Hood et de San Bernardino aux Etats-Unis…
House of Cards, décrit la fin du rêve américain et la montée des populismes, avec à l’époque de la diffusion de la série, les premiers succès flatteurs de Donald Trump, lors de la campagne pour les primaires du Parti. House of Cards traduit une perte de confiance généralisée à l’égard des élites.
Dans Occupied, on retrouve croisées toutes les peurs de notre temps, du réchauffement climatique à la crise du modèle démocratique encouragée par des dirigeants médiocres. De la montée de la peur face à la Russie de Poutine, surtout depuis sa gestion de la crise ukrainienne, au discrédit relatif ou absolu dans lequel sont tombés l’Union européenne et les Etats-Unis d’Amérique au cours de ces dernières années.
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« De Gaulle » par Julian Jackson / n°119
J’ai trouvé dans les mémoires du diplomate et journaliste libanais Salah Stétié cette appréciation sur le commandant de Gaulle, rédigée par le général de Bigault du Granrut lorsque de Gaulle quitta son poste au Liban : "Depuis deux ans que je peux l'apprécier dans les fonctions de Chef du 3ème Bureau de mon état-major, je n'ai cessé d'éprouver pour l'ensemble des qualités intellectuelles et morales qu'il possède une estime mêlée d'admiration. Sur la valeur guerrière je n'ai pas besoin d'appuyer, ses blessures, le reste de ses citations se passent de commentaires. J'insiste sur les mérites hors pair de ce soldat qui développe par un travail constant les qualités qu'il a conscience de posséder. Il sait d'ailleurs les faire apprécier avec discrétion, gardant en toutes circonstances une attitude réservée, empreinte d'une correction toute militaire. Beau soldat, ce sera un beau chef, qu'il y a intérêt pour le bien de son armée et de toute l'armée à pousser rapidement aux hautes situations où il donnera sa pleine mesure et ne décevra pas."
2020 marquera un triple anniversaire : les 130 ans de la naissance de Charles de Gaulle, les 50 ans de sa disparition et les 80 ans de l’appel du 18 juin. Pour nous y préparer, c’est le citoyen d’un pays avec lequel le général a entretenu des rapports pour le moins contrastés, la Grande Bretagne. Professeur Julian Jackson, vous enseignez à Queen Mary, University of London, vous êtesun spécialiste de l’histoire de la France au XXe siècle. On vous doit notamment, « La France sous l’occupation 1940-1944 » aux éditions Flammarion et vouspubliez aux éditions du Seuil « De Gaulle. Une certaine idée de la France ouvrage salué par la critique britannique, américaine et française et couronné du Duff Cooper Prize.» Pour cette biographie, vous vous êtes appuyé sur de nombreux fonds documentaires, lettres, et livres, et sur les archives récemment ouvertes de la présidence de la Ve République, ainsi que de celles de Michel Debré.
La personnalité rugueuse du Général constitue une donnée essentielle pour comprendre un itinéraire parfois chaotique. Courageux, déterminé, mais aussi colérique et ingrat, Charles de Gaulle parait un homme pétri de contradictions : « un soldat qui passa le plus clair de sa carrière à critiquer l’armée ; un conservateur qui s’exprimait souvent comme un révolutionnaire ; un homme de passion incapable, ou presque, d’exprimer des émotions » Si le général de Gaulle s’affirmait guidé par « une certaine idée de la France », vous montrez que cette idée était sujette à d’importantes variations selon une dialectique toute bergsonienne qui cherche « à établir l’importance de l’intuition par rapport à l’intelligence analytique, de l’élan vital contre la doctrine figée ».
Professeur Jackson, au fil des 1.000 pages de votre biographie, comment s’est modifiée la certaine idée du général de Gaulle de vos débuts ?
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G.B. = Good Bye ; Retraites, rien n’est joué / n°118
G.B = GOOD BYE
Les conservateurs britanniques conduits par Boris Johnson ont remporté jeudi la majorité absolue des sièges au Parlement. Des 650 sièges aux Communes, ils en obtiennent au moins 362 contre 317 lors du précédent scrutin en 2017, tandis que les travaillistes de Jeremy Corbyn se sont effondrés à 203sièges (contre 262 en 2017). Celui-ci s’est déclaré vendredi « très déçu » du résultat des élections législatives, ajoutant qu’il ne « conduira pas le parti aux prochaines élections »
Le Premier ministre Boris Johnson avait convoqué ce scrutin après avoir perdu sa majorité au Parlement, à la suite de désaccords avec son petit allié nord-irlandais du Parti unioniste démocrate et au sein de son propre Parti conservateur sur la forme que doit prendre le Brexit, voté en juin 2016 par 52% des britanniques.
Pour l’hebdomadaire britannique The Economist, ces élections ont représenté un cauchemar, à cause de la radicalisation des deux principaux partis du gouvernement. Deux visions opposées, portées par deux leaders impopulaires, se sont affrontées durant la campagne électorale : le conservateurBoris Johnson a garanti la sortie de l’Union européenne, avec pour slogan « GetBrexit done » (Réalisons le Brexit), tandis que le travailliste Jeremy Corbin envisageait la sortie partielle de l’économie de marché. Ce que l’hebdomadaire Courrier international a résumé en un titre : « les Britanniques choisissent entre ‘’un marxiste’’ et un ‘’fanatique du Brexit’’ ». Ils ont donc choisi le « fanatique du Brexit » au terme d’une campagne électorale marquée selon The Times « par l’amertume, les exagérations et les mensonges à un degré inhabituel ».
Elu pour un mandat de cinq ans, Boris Johnson s’est félicité d’avoir obtenu « un nouveau mandat fort, pour “faire le Brexit” qu’il peut mettre en œuvre au 31 janvier 2020. Toutefois, si, en vertu de l’accord de divorce, Londres a jusqu’au 31 décembre 2020 pour négocier la future relation avec le club européen, ce délai semble d’ores et déjà quasi impossible à tenir, et les experts parient déjà sur une prolongation de la transition.
Dès mardi 17 décembre, les nouveaux députés feront leur entrée à Westminster et pourraient avoir à se prononcer sur le « Withdrawall bill », l’acte législatif de retrait de l’Union européenne avant Noël.
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RETRAITES, RIEN N’EST JOUÉ
La mobilisation du 10 décembre, contre la réforme des retraites a rassemblé 339 000 personnes selon le ministère de l’Intérieur, 885 000 selon les syndicats, soit deux fois moins que lors des manifestations du 5 décembre.
Le lendemain, le Premier ministre, Edouard Philippe a détaillé les contours de la future réforme des retraites devant le Conseil économique, social et environnemental. Sans varier sur les grands principes, il s’est distancié de certaines préconisations du rapport Delevoye et a clarifié le calendrier. Il s’agit donc de créer un seul régime de retraite dit « universel », alors qu’il en existe actuellement quarante-deux. Le calcul des retraites sera basé sur système par points. L’âge légal de départ à la retraite demeure à 62 ans. Toutefois, un « âge pivot » en deçà duquel, en cas de départ à la retraite le point sera minoré, et au-delà bonifié, pourrait être fixé à 64 ans en 2027. Les comptes des retraites pourront ne pas être à...
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La grande grève ; Une COP chasse l’autre / n°117
LA GRANDE GRÈVE
806 000 manifestants dans toute la France selon le ministère de l’Intérieur, 1,5 million selon la CGT. A Paris, Rennes, Marseille, Toulouse, Bordeaux ou Lille, la mobilisation du 5 décembre contre la réforme des retraites a été très importante. Le secrétaire national du Parti Communiste Fabien Roussel note une mobilisation « dans toutes les provinces de France, mais particulièrement exceptionnelledans les petites communes et les villes moyennes, beaucoup plus en tout cas qu’en 1995 ».Cheminots, policiers, avocats, enseignants, pompiers, routiers, personnels hospitaliers, étudiants, retraités étaient dans les cortèges. 90% de TGV et 80% de TER ont été annulés, les métros et bus bloqués.
51,15% des enseignants du primaire et 42,32% du secondaire étaient en grève, selon le ministère de l’Éducation, tandis que les syndicats, qui parlent de record historique font état de 70% des enseignants du primaire et 75% dans les collèges et lycées.
Au départ circonscrit à la seule annonce par les syndicats de la SNCF de leur grève reconductible, le mouvement a été rejoint par nombre de syndicats et de partis politiques, des Insoumis au Rassemblement national, à l’exception du parti présidentiel. Une mobilisation que 68% des Français estiment « justifiée », selon un sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour Le Figaro et France info. Fin octobre, 57% des sondés se déclaraient opposés au mouvement.
Pour Philippe Askenazy, professeur d’économie à l’Ecole normale supérieure-Ecole d’économie de Paris et chercheur au CNRS-Centre Maurice-Halbwachs, « le gouvernement semble avoir tout fait pour entretenir le flou sur le contenu final de la réforme et sur ses intentions, ajoutant même des déclarations contradictoires sur la ‘’clause du grand-père’’, un paramètre parmi une infinité d’autres inconnus à ce jour ».
Plusieurs mouvements de grève ont été reconduits. A la RATP, il doit durer jusqu’à lundi. Le Premier ministre devrait communiquer l’architecture de la réforme en milieu de semaine prochaine. « La très grande diversité des régimes actuels, des 42 régimes de retraite actuels, ne peut pas perdurer » a rappelé vendredi Édouard Philippe. Une rencontre doit avoir lieu lundi avec l'ensemble des organisations syndicales et patronales pour « clôturer le cycle de négociations sociales et de débats avec les Français ».
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UNE COP CHASSE L’AUTRE
La Conférence des Nations unies sur les changements climatique, COP 25 (pour « conference of parties ») qui se tient du 2 au 13 décembre à Madrid - sous la présidence du Chili, qui a dû renoncer à accueillir l’événement en raison de la crise politique en cours – est la réunion des pays signataires de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, adoptée en 1992. A l’occasion de cette 25e édition, des décisions devraient être prises sur au moins trois sujets : les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre qui doivent être revus à la hausse, l’aide aux pays les plus vulnérables, et l’encadrement des « marchés carbone ».
En 2015, faisant suite à la COP 21, l'accord de Paris, approuvé par 195 délégations, convenait de tout mettre en œuvre afin de limiter le Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

Europe : la commission, enfin ! Tremblement de peuple en Iran / n°116
EUROPE : LA COMMISSION, ENFIN !
Après un parcours semé d’embûches, le 27 novembre, le Parlement de Strasbourg a donné son aval au collège de 26 membres présenté par Ursula vonder Leyen avec la plus large majorité enregistrée jusqu’à présent : 461 voix pour, 157 contre et 89 abstentions. Avec un mois de retard sur le calendrier, l’ancienne ministre allemande de la Défense devient aujourd’hui, la première femme présidente de la Commission européenne. Un retard dû au profil contestéde commissaires désignés, aux atermoiements du Brexit, à la polémique autour du nom d’un portefeuille devenu « Promotion du mode de vie européen » au lieu de « Protection » de ce mode de vie, aux équilibres fragiles du Parlement européen où pour la première fois depuis sa création en 1979, le Parti populaire européen (PPE) et celui des Socialistes et démocrates (SD) ne réunissent pas une majorité absolue et doivent composer avec Renew, constitué en juin 2019 et auquel La République en Marche est affilé, et enfin en raison de la dégradationdes relations entre Paris et Berlin.
La France et l’Allemagne ont en effet eu bien du mal à se mettre d’accord sur le nom d’Ursula von der Leyen en tant que présidente de la Commission européenne. Ni Michel Barnier, ni Manfred Weber n’ont été choisis. Paris a consenti à accepter une allemande à condition de décrocher un portefeuille économique large. Entre-temps, Berlin a profité de la polémique sur la nomination de Sylvie Goulard pour contester via le Parti populaire européen lepérimètre de son portefeuille jugé trop large. Au terme de son audition au Parlement européen, le 14 novembre, le Français Thierry Breton a hérité de ce poste qui englobe le marché intérieur, la politique industrielle, le marché unique numérique, ainsi que l’industrie de la défense et de l’espace.
Depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée en 2017, les différends se sont accumulés entre Paris et Berlin. Fin octobre, le coup d’éclat du Président français qualifiant l’Otan d’institution en état de « mort cérébrale » avait été jugé inacceptable par la chancelière allemande. Auparavant, en août, le « virage russe », du chef de l’Etat a d’autant plus irrité l’Allemagne qu’il a été opéré sans concertation avec la chancellerie. Mais la décision française la plus préjudiciable, serait d’avoir fermé la porte, en octobre, à un élargissement de l’Union européenne à l’Albanie et la Macédoine du Nord. La mésentente concerne également les programmes communs d’armement, la réforme de la zone euro et l’avenir de l’Europe de la Défense. Finalement, ce que le président français reproche surtout à la chancelière allemande, c’est de ne pas avoir répondu à ses propositions de 2017. De ne pas avoir saisi la main tendue.
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TREMBLEMENT DE PEUPLE EN IRAN
En Iran, le 15 novembre, des manifestations ont éclaté dans une centaine de villes à l’annonce d’une hausse d’au moins 50% du prix des carburants à la pompe et malgré une réforme du mode de subvention de l’essence, censée bénéficier aux ménages les plus défavorisés. Le lendemain, sur ordre du Conseil suprême de sécurité nationale iranien l’accès à internet a été bloqué, pour n’être rétabli qu’une semaine plus tard. Durant cette période, une répression à huis clos s’est abattue sur le pays.
Les manifestants s’en sont pris aux bâtiments officiels, symboles de la corruption du régime, y compris les écoles religieuses, les municipalités et les banques publiques. Des stations-service ont été incendiées, des...
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Congrès des maires de France ; L’Amérique latine dans la rue / n°115
Congrès des maires de France
A quatre mois des municipales, le président Macron a ouvert mardi le 102e congrès des maires de France, à la Porte de Versailles à Paris devant plusieurs milliers d’élus locaux.
Depuis son élection, Emmanuel Macron entretient des relations tumultueuses avec les maires, avec en point d’orgue sa décision de ne pas participer au Congrès 2018, alors même qu’il s’était auparavant engagé à venir chaque année. Depuis, le Président a souhaité s’appuyer sur les 34 967 maires lors du Grand débat national pour sortir de la crise des gilets jaunes et il amultiplié les signes en direction des élus.
Parmi les sujets de friction figurent en particulier : les treize milliards d’euros d’économies réclamées aux territoires sur l’ensemble du quinquennat, la compensation de la suppression de la taxe d’habitation, ou encore la taille des intercommunalités jugée trop grande à force de regroupements. Plus largement, les édiles s’estiment dépossédés, abandonnés par le pouvoir central face à la disparition chronique des services publics, alors que, selon la dernière enquête du Cevipof, le maire est de loin le représentant politique en qui les Français ont le plus confiance (58% en décembre 2018, contre 31% de confiance envers les députés, et 23% pour le président).
Dans son long discours mardi aux élus, Emmanuel Macron a tenté de corriger son image de « Président des villes » ou président « hors sol en martelant « J’ai besoin de vous », tout en évoquant notamment la hausse de la rémunération des maires, une nouvelle étape de la décentralisation qui sera présentée mi 2020 et en se prononçant contre l’interdiction des listes communautaires aux municipales.
A quatre mois du scrutin, les maires ne sont plus que 28% à ne plus souhaiter se représenter en 2020, contre environ un sur deux il y a un an, selon une enquête du Cevipof. C’est sensiblement la même proportion que lors des municipales de 2014.
Le Premier ministre Édouard Philippe est intervenu en clôture jeudi « sur le volet opérationnel », au moment où le parlement examine un projet de loi « Engagement et proximité » qui se veut une réponse aux attentes des élus locaux.
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L’Amérique latine dans la rue
Depuis deux mois, au Chili, en Argentine, en Équateur, au Pérou, en Bolivie, en Uruguay, ou bien les gouvernements sont congédiés dans les urnes ou bien ils sont contestés dans les rues. Au Chili, si l’élément déclencheur a été l’augmentation du ticket de métro, les revendications massivement soutenues par des manifestations qui ont rassemblé jusqu’à un million de personnes, ont rapidement porté sur une profonde rénovation de la répartition des richesses et d’un système politique organisé par une constitution qui date du général Pinochet.
En Argentine, ce sont les électeurs qui ont remercié dès le premier tour le président sortant, Mauricio Macri et son modèle d’austérité concocté avec le Fonds monétaire international. Ils ont confié aux péronistes le soin de venir à bout des maux qui rongent un pays dans lequel a été déclaré un état d’urgence alimentaire.
En Equateur, la suppression des subventions pour l’essence et le diesel, décidées conformément aux préconisations du FMI, ont embrasé les rues de Quito et contraint le président Lenin Moreno à se réfugier à Guayaquil, la plus grande ville du pays, avant de négocier une trêve avec les manifestants.
Des troubles moins directement liés à...
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BADA # 17 : Réformes et OTAN
Les questions du public.
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Réformes, le commencement de la fin ? OTAN, l’Alliance en miettes ? : n°114
Inquiet d’une résurgence des « gilets jaunes » - qui ont commémoré hier l’anniversaire du début de leur révolte – redoutant une défaite aux municipales de mars prochain, l’exécutif veut prendre son temps pour peaufiner ses réformes.
Concernant celle des retraites, le président Macron indique que rien n’est encore décidé. La question de l’âge pivot n’est pas tranchée et le gouvernement a promis fin août une concertation de près d’un an. Le projet consiste à remplacer les 42 régimes de retraite existants par un système par répartition universel, dans lequel chaque euro cotisé donnerait le même droit à pension pour tous. La réforme, assure le gouvernement, ne se fera pas au même rythme pour tous. Chaque secteur concerné aura droit à sa négociation. Le basculement est prévu pour 2025. Aujourd’hui aucune date n’est sûre, toutes les hypothèses sont sur la table, y compris l’application de la « clause du grand-père », qui consisterait à n’appliquer la retraite par point qu’aux nouveaux entrants sur le marché du travail. Emmanuel Macron et Édouard Philippe estiment qu’il fautl’étudier, tandis que le Haut-commissaire chargé de la réforme, Jean-Paul Delevoye s’est déclaré contre. Ce dernier s’est fait sèchement recadrer. Selon un sondage Elabe pour Les Échos, Radio Classique et l’Institut Montaigne : 47% des Français se disent opposés à cette réforme et 29% s’y déclarent favorables.
Autre front : l’hôpital. Le service public craque, après des années de restructurations mal digérées et de réductions d’effectifs mal calibrés. A Paris, ce sont des centaines de lits actuellement fermés en raison de difficultés de recrutement et de fidélisation chez les soignants. Des postes sont budgétés mais non pourvus. L’hôpital, « un sujet que je regarde avec énormément d’attention et qui me préoccupe beaucoup » a déclaré le président le 28 octobre sur RTL. « Il va falloir que l’on remette des moyens » assure-t-il. Après la mobilisation du personnel hospitalier le 14 novembre, des annonces devraient être faites lors du prochain conseil des ministres.
« Le problème qu’on a c’est qu’on fait une stratégie qui va mettre 5 à 10 ans à se déployer », rappelle le président. D’ici là, le 5 décembre la CGT, FO, FSU, Solidaires et plusieurs mouvements de jeunesse ont appelé à « une première journée de grève interprofessionnelle », dans le sillage de plusieurs syndicats de la RATP. L’exécutif craint un embrasement dans la fonction publique.
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Moins d’un mois avant le 70e anniversaire de l’Alliance atlantique qui sera célébré lors du prochain sommet de l’organisation à Londres les 2 et 4 décembre prochain, le président Emmanuel Macron a jugé le 7 novembre dans, The Economist que l’Otan était en « état de mort cérébrale ». Dans un long entretien avec l’hebdomadaire britannique, le président français explique cet état par le désengagement américain vis-à-vis de ses alliés et l’intervention militaire de la Turquie, membre de l’Alliance, dans le nord de la Syrie. « Il n’y a aucune coordination dans la prise de décision stratégique entre les États-Unis et ses alliés de l’Otan » regrette le président français qui se déclare également alarmé de la « fragilité extraordinaire de l’Europe » qui « disparaitra », si elle ne « se pense pas comme puissance dans ce monde ». Pour lui, le sursaut doit passer par deux chemins : le développement d’une véritable « souveraineté militaire » et la relance du dialogue avec la Russie.
Les coups contre l’Alliance atlantique ont été portés par...
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L’Allemagne, 30 ans après la chute du mur / n°113
L’ALLEMAGNE, 30 ANS APRES LA CHUTE DU MUR
Il y a 30 ans s’ouvrait, puis s’effondrait le mur érigé par le gouvernement d’Allemagne de l’est en août 1961 entre le secteur soviétique de Berlin et les secteurs américain, anglais et français. Moins d’un an plus tard le parlement est-allemand votait l’adhésion de la RDA à la loi fondamentale de la RFA et en fixait unilatéralement l’effectivité au 3 octobre 1990, sans attendre que les nombreux débats sur les modalités de la réunification aient trouvé leur conclusion. Premier actede l’unification, la décision d’échanger à parité mark de l’est et mark de l’ouest a notamment entrainé une revalorisation des salaires dans des industries d’État à la main d’œuvre pléthorique dont la compétitivité s’est effondrée. 14.000 entreprises et coopératives d’État représentant 80% de l’économie est-allemande ont été privatisées.
En 1990 le PIB par Allemand de l’ouest était 66% plus élevé que celui de son compatriote de l’ancienne RDA. En 2018, cette différence n’était plus que de 21% Malgré ce rattrapage, malgré un chômage bas (6% des actifs), malgré le sentiment exprimés par 70 % des habitants des Länder de l’est d’être des gagnants de la réunification, c’est dans ces anciennes régions industrielles que le score du parti d'extrême droite Alternative für Deutschland (l’AfD) est le plus élevé, deux fois plus que dans les Länder de l'Ouest.
Angela Merkel s'est exprimée hier le long de l'ancien tracé du mur de Berlin, aux cotés dirigeants d'anciens pays communistes d'Europe de l'Est. Au pouvoir depuis 2005, la chancelière allemande, dont le mandat prendra fin en 2021 a contribué à maintenir l'Allemagne à une place importante en Europe. Au plan diplomatique, ses différents mandats ont été marqués par une dégradation des relations avec la Russie, notamment du fait de l'annexion de la Crimée en 2014 et avec les États-Unis en raison de la guerre commerciale menée par Donald Trump. En 2018, l'Allemagne présentait un excédent commercial de 7 %, proche des records mondiaux. Aujourd’hui, le pays souffre de la détérioration du climat économique mondial, causé par la guerre commerciale États-Unis-Chine, au point d'être en passe de tomber en récession.
Si l'Union Européenne, en intégrant de nombreux pays d'Europe de l'Est a contribué à réduire les inégalités avec l'Europe occidentale au travers d'importants transferts financiers, l'ancien rideau de fer délimite toujours deux zones dans lesquels les droits démocratiques ne sont pas respectés équitablement. Chantre des démocraties illibérales, les pays d'Europe de l'Est connaissent un faible taux de naissances et une forte émigration vers l'Europe Occidentale.
« Allemagne de l’Est, histoire d’une annexion » : ce titre du « Monde diplomatique » a été salué par Jean-Luc Mélenchon qui juge qu’annexion est : « Enfin le mot juste pour nommer ce qui s’est passé il y a trente ans. Une violence qui n’en finit plus de se payer. » Daniel Cohn-Bendit rétorque que « Le débat a été tranché par le vote des gens en Allemagne de l’Est. Ils ont voté à majorité CDU, c’est la démocratie », « Dire ‘annexion’, c’est aujourd’hui reprendre ‘radio nostalgie Allemagne de l’Est’. C’est reprendre ce que dit l’AfD en Allemagne de l’Est, c’est-à-dire l’extrême-droite ».
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Si près, si loin, la Suisse / n°112
SI PRES SI LOIN, LA SUISSE
Le 20 octobre dernier, les Suisses ont renouvelé comme ils le font tous les 4 ans les 200 conseillers nationaux et les 46 conseillers aux États qui composent la Chambre basse et la Chambre haute de leur parlement. Les abstentionnistes sont largement sortis vainqueurs de ce scrutin comme des précédents et, dans la patrie des votations, ils représentent 54,88% du corps électoral. Si les conservateurs nationalistes de l’Union démocratique du centre (UDC) restent la première force du pays, les formations écologistes de droite et de gauche ont réalisé une percée qui va rebattre les cartes politiques au Parlement, où ils disposent désormais de 28 sièges, contre 54 pour l’UDC.
L’avenir politique des forces écologistes reste toutefois en suspens au niveau gouvernemental. En effet, depuis 1959, le système politique suisse repose sur la règle dite de la « formule magique » qui octroie deux ministres au PS, deux aux libéraux, deux à l’UDC et un aux chrétiens-démocrates. Une formule que l’ancien député et constituant genevois Pierre Kunz juge désuète et à réformer.
26 cantons qui comptent de 52.000 à 170.000 habitants et où l’on parle 4 langues composent la confédération et les élections nationales sont contrebalancées par une organisation de la démocratie directe. Les Suisses votent tous les trois mois pour répondre à 1, 2, 3 et parfois jusqu’à 9 questions simultanées. La date des scrutins est connue jusqu’en 2036. C’est par referendum que les Suisses ont refusé (de justesse) de faire partie de l’espace économique européen et c’est par referendum qu’ils ont institué une taxe sur les poids lourds et décidé une préférence pour le ferroutage. C’est par referendum qu’ils décideront ou on en 2020 d’inscrire dans leur code pénal le délit de discrimination et d’incitation à la haine en raison de l’orientation sexuelle. Depuis 1848, ils ont été appelés 311 fois aux urnes, au cours des dernières années, sur la promotion des voies cyclables, sur la facilitation de la naturalisation des étrangers de la 3ème génération, contre la suppression de la taxe radio-télévision ou contre le déremboursement de l’IVG
La prévision de croissance officielle pour 2019 a été ramenée en septembre à 0,8%, contre 1,2% attendu en juin, du fait d’une progression plus lente que prévue de l’économie mondiale, en particulier en Allemagne qui reste le premier partenaire commercial de la Suisse. Le taux de chômage est à 2,1%,soit son plus bas niveau depuis fin 2001.
La Suisse demeure le numéro un mondial de la gestion de fortune. Sous la pression de Washington et de Bruxelles, elle a été contrainte, en 2009,d’annoncer la fin du secret bancaire et elle a été retirée en septembre de la liste grise des paradis fiscaux de l’Union européenne. Cependant, le secret bancaire n’a pas été aboli pour les personnes domiciliées en Suisse, qu’elles soient suisses ou étrangères et l’échange d’information n’existe toujours pas avec de nombreux pays en Europe de l’Est, Afrique, Asie et Amérique du Sud.
Hôte de conférences internationales, la Suisse exerce des mandats de représentation d’intérêts qui lui sont confiées par des puissances étrangères, comme la défense des intérêts américains en Iran. Très active sur les scènes du multilatéralisme, comme à l’ONU et dans les instances spécialisées.
Pour comprendre un peu mieux ce pays si proche et si lointain, nous avons réuni, Nina Belz, correspondante en France de...
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Laïcité, que de cris on émet en ton nom ! Blocage en Israël / n°111
LAÏCITÉ QUE DE CRIS ON ÉMET EN TON NOM !
Selon une enquête ViaVoice pour l’Observatoire de la laïcité réalisé en novembre 2018, trois sondés sur quatre se déclaraient attachés à ce principe. Les deux tiers (69%) des personnes interrogées jugent que la laïcité est « un principe républicain essentiel » et quatre sur cinq (79%) qu’elle n’est « ni de droite ni de gauche ».
Mais on note des disparités entre catégories de la population. « Les personnes les plus aisées (cadres, CSP+) ou plus âgées (retraités) sont à la fois les mieux informées et les plus attachées à la laïcité ».
Les réponses divergent, de même, assez largement en fonction de la religion des répondants. 72% des protestants et 60% des catholiques considèrent que la laïcité, du moins dans ses principes juridiques, protège les pratiquants des différentes religions, tandis que moins d’un musulman sur deux (45%) en est convaincu.
Interrogés sur l’avenir, le sondés sont 57% à juger que « la montée des intolérances entre les différentes communautés religieuses » constitue la principale difficulté à laquelle sera confrontée la laïcité en France. Arrivent ensuite, pour 44% les « crispations engendrées par le port de signes visibles de certaines religions ».
Ces crispations sont anciennes : l’affaire du foulard de Creil en 1989, la première polémique sur les parents accompagnateurs des activités périscolaires en 2006, l’affaire de la crèche Baby-Loup en 2008, la polémique sur le port du voile dans les universités en 2013, à celle sur le burkini à l’été 2016, celle sur le voile pour courir de Décathlon en janvier 2019, ou celle de l’affiche de la Fédération des conseils de parents d’élèves en septembre dernier et, récemment, la pprise à partie d’une femme voilée dans le public du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté par le député du Rassemblement national Julien Odoul.
Dans cette dernière affaire, la macronie a fait entendre des voix dissonantes. Pour le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, ce que le voile islamique « dit de la condition féminine n’est pas conforme à nos valeurs », et il « n’est pas souhaitable dans notre société » Le député du Val d’Oise, Aurélien Taché, porte-drapeau de l’aile gauche de la majorité charge le ministre insinue que le ministre fait le jeu du Rassemblement national. Le Premier ministre tente de calmer le jeu en déclarant que « l’accompagnant scolaire est un collaborateur occasionnel du service public. Dans le droit actuel, il n’est pas tenu au principe de neutralité. » Sans ligne directrice sur la laïcité, la majorité se divise espère une prise de parole du président. Mais celle-ci se fait attendre.
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BLOCAGE EN ISRAËL
Les élections du 17 septembre dernier ont confirmé la situation de blocage en Israël. Comme lors des élections du 9 avril dernier, le parti de droite nationaliste du Premier Ministre Benyamin Netanyahou, le Likoud, a fait jeu égal avec l'alliance centriste Bleu et Blanc de l'ancien général Benny Gantz. Ces résultats ont clos une campagne tendue, marquée par un fort usage par le Likoud de fausses informations et de tentatives de pressions visant à décourager le vote de l'électorat arabe qui lui est traditionnellement hostile.
Chargé de former un gouvernement par le Président Reuven Rivlin, Benyamin Netanyahou a annoncé avoir échoué le 21 octobre, faisant porter...
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Macron : l’humiliation à Strasbourg ; les Kurdes à l’abandon / n°109
MACRON : L’HUMILIATION A STRASBOURG
Le 28 août dernier, Emmanuel Macron proposait Sylvie Goulard au poste de commissaire européen. Ursula von der Leyen, qui doit devenir présidente de la Commission européenne en novembre, lui attribuait le portefeuille du Marché unique, dont l'objet est de faire fonctionner le marché intérieur et de développer une politique industrielle.
Cette candidature s’est trouvée fragilisée par une enquête du parquet de Pariset du Parlement européen visant le Modem dont Sylvie Goulard était membre pour de potentiels emplois fictifs de collaborateurs au Parlement européen. Contraintepour cette raison à démissionner, en juin 2017, de son poste de ministre des Armées, elle doit en outre répondre d’un possible conflit d'intérêts, car d'octobre 2013 à janvier 2016, parallèlement à sa fonction de députée européenne, elle a travaillé pour un think tank américain, l'Institut Berggruen, pour plus de 10.000 euros par mois.
Soumise à l’accord du Parlement européen, la candidate française a fait face au scepticisme de nombre de députés quant à son éthique et elle a peiné à expliquer son versement de 45.000 euros visant à mettre un terme au contentieux avec le Parlement européen dans l'affaire des emplois présumés fictifs. Elle ne convainc pas les euros-députés qui décident de lui imposer une session de rattrapage sous la forme d'un questionnaire écrit, à renvoyer pour le 8 octobre.
Dans ses réponses, Sylvie Goulard refuse de s’engager à démissionner en cas de mise en examen dans le cadre de l’enquête toujours en cours d'instruction à Paris, sur les emplois présumés fictifs, alors même que cette affaire a provoqué sa démission du gouvernement français en 2017. Les eurodéputés ont demandé à Sylvie Goulard de passer une nouvelle audition : le 10 octobre, fait inédit pour la France, sa candidature est rejetée par 82 voix contre 29 et une abstention. Après la Roumanie et la Hongrie, la France est ainsi le troisième pays à voir son candidat recalé.
Emmanuel Macron, qui avait réussi à écarter la candidature de Manfred Weber à la tête de la Commission et à imposer celle d’Ursula von der Leyden a estimé que la décision des parlementaires de Strasbourg relevait du « ressentiment » et déclaré que l’Europe connaît "une crise politique que nous ne devons pas laisser s'installer".
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LES KURDES A L’ABANDON
Le 6 octobre au soir, un communiqué de la Maison blanche a informé du retrait des troupes américaines stationnées en Syrie aux abords de la frontière turque. Trois jours plus tard, la Turquie lançait une opération militaire destinée à chasser des secteurs frontaliers la milice kurde syrienne des Unités de protection du peuple (YPG), qu’elle qualifie de « terroriste ». Ankara déclare vouloir instaurer une « zone de sécurité » de 32 kms de profondeur en territoire syrien pour séparer sa frontière des zones contrôlées par les YPG. Plusieurs villes ont été bombardées, entraînant la mort des dizaines de civils et d'importants déplacements de populations, et provoquant de nombreuses condamnations de la communauté internationales. Le désengagement américain a été vivement critiqué outre-Atlantique, et notamment par des membres influents du parti Républicain et par d’anciens militaires en poste dans la...
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Radicalisation des rapports sociaux #110
En 2013, le mouvement des Bonnets rouges, où se retrouvaient notamment des chauffeurs-routiers et des patrons transporteurs, la FDSEA, la CGPME et Force ouvrière obtient le retrait des mesures fiscales relatives à la pollution des véhicules de transport de marchandise. Ce mouvement au cours duquel 10 portiques « écotaxes » ont été détruits ou endommagés a abouti au retrait des mesures envisagées et à l’annonce par Jean-Marc Ayrault d’une réforme fiscale et d’un « Pacte d’avenir pour la Bretagne » dont le coût a été estimé à 2 milliards d’euros.
En 2016, Nuit debout occupe la place de la République à Paris et suscite des rassemblements semblables en province. Il a pour origine l’opposition à la loi Travail portée par Myriam El Khomri. Des blocages de raffineries et de dépôts de carburant sont organisées et la présence de casseurs conduit à l’intervention des forces de police à Paris, puis à une prise de position non-violente des organisateurs du rassemblement. Bien que le mouvement se soit éteint de lui-même au bout de deux mois, il est analysé par le sociologue Albert Ogien comme « une forme d’action politique hors parti, sans syndicats et sans chef devenue une forme reconnue d’action politique qui dit « entre citoyens, on discute de ce qu’il faut faire ».
En 2016, l’occupation des terrains prévus pour la construction d’un aéroport à Notre Dame des Landes aboutit à l’organisation d’un referendum local qui approuve les travaux par 55% des voix, mais, malgré la validation de ces travaux par la justice, le projet est abandonné en 2018.
En 2018, la mobilisation des gilets jaunes contre l’augmentation du prix des carburants se traduit par des blocages de routes et de ronds-points et par des manifestations à Paris souvent marquées par des destructions et des affrontements avec la police dont l’action, qui se traduit par de nombreux blessés, fait l’objet de nombreuses critiques, tandis que sont dénoncées les incohérences ou l’outrance des revendications et de certains leaders. Organisé sur les réseaux sociaux ce mouvementmassivement soutenu par l’opinion et qui n’a pas rassemblé plus de 300.000 participants, développe des revendications sociales et politiques, notamment sur le referendum d’initiative citoyenne. Il obtient que le renoncement à la hausse de la TICPE (Taxe intérieure sur la consommation de produits pétroliers), l’organisation d’un Grand débat national sur la transition écologique, la fiscalité, la citoyenneté et l’organisation de l’État et des services publics, et le vote d’une loi portant mesures d’urgence économiques et sociales dont le coût est évalué à 10,3 milliards d’euros et entraine une augmentation du déficit budgétaire qui passe de 2,8 à 3,2 du PIB.
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Chirac : santo subito ? ; la PMA à pas comptés / n°108
Chirac : santo subito ?
La semaine dernière, nous avons réagi à la mort de Jacques Chirac. Depuis, il y a eu un hommage sur la nature et sur l’ampleur duquel il y a matière à s’interroger. A regarder les télévisions, à écouter leurs plateaux, à voir les images retransmises des files d’attente devant l’Élysée où un registre de condoléances était ouvert au public sans limites d’horaires, ou celles de l’hommage aux Invalides, puis de la messe à Saint Sulpice, à regarder les reportages sur les minutes de silence observées dans les écoles, les administrations ou les entreprises, j’ai pensé aux acclamations qui suivirent devant Saint Pierre, la mort de Jean-Paul II. « Santo subito ! » criait une foule peu soucieuse des formalités d’un procès en canonisation. Avons-nous assisté à un feu de paille comme la société du spectacle en consomme tant, faut-il au contraire voir dans ce deuil un phénomène plus significatif ? Il nous a semblé que la question méritait d’être éclaircie.
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La PMA à pas comptés
Vendredi 27 septembre, dans le cadre de ses débats sur la loi bioéthique, l'Assemblée Nationale, a autorisé l'ouverture de la Procréation Médicalement Assistée aux couples de femmes et aux femmes seules, jusqu'ici réservée aux couples hétérosexuels infertiles. Il s’agit de réglementer un ensemble de pratiques médicales permettant d'aider des couples hétérosexuels à concevoir un enfant en cas d'infertilité. Dans certains cas, il est nécessaire d'avoir recours à un donneur de gamète extérieur au couple. L'extension de la PMA à toutes les femmes faisait partie des promesses de campagne d'Emmanuel Macron et de François Hollande avant lui. Elle est approuvée par 65% des Français et par le Comité national d’Éthique.<br>
En France, en 2014, la PMA concernait environ 25.000 enfants soit 3 % des naissances. La même année, le Comité Consultatif National d'Éthique estimait que 2 à 3.000 Françaises s'étaient rendues à l'étranger, principalement en Espagne et au Danemark, pour avoir recours à une PMA dans l’un des 11 pays Européens à avoir étendu son usage aux couples de femmes ou aux femmes seules.<br>
Au-delà de l'extension de la PMA à toutes les femmes, la loi bioéthique en prévoit le remboursement ainsi que la levée de l'anonymat du donneur, permettant un accès aux origines aux enfants nés de dons. Cette levée de l’anonymat, mesure soutenue par 3 Français sur 4, fait craindre que nombre de donneurs ne renoncent et qu’il en résulte une pénurie de gamètes aggravée par l’augmentation de la demande. Chaque année, 3.500 couples souhaitent bénéficier d’un don de gamètes. En 2015, 540 femmes ont donné des ovocytes, il en faudrait plus du double. Et 255 hommes ont donné des spermatozoïdes, il en faudrait 50 de plus.<br>
Dans un avis du 21 septembre, le Comité d’éthique de l'Académie Nationale de médecine a annoncé sa crainte que l'absence de père présente des risques pour le développement de l'enfant, peur partagée par la majorité des critiques du texte.<br>
Mesure soutenue par le groupe LREM ainsi que l'ensemble de la gauche, la loi bioéthique a suscité des oppositions à droite et au Rassemblement National. Les trois candidats en lice pour la présidence de LR ainsi que l'ancienne tête de liste aux élections européennes François-Xavier Bellamy ont annoncé s'y opposer, par crainte d’un glissement progressif vers la légalisation de la Gestation Par Autrui (mesure souhaitée par 62 % des Français). La Manif Pour Tous organise un rassemblement contre cette loi le 6 octobre.
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Combien y a-t-il eu de Jacques Chirac ? ; Italie : la nouvelle donne / n°107
COMBIEN Y A-T-IL EU DE JACQUES CHIRAC ?
A la mort de Jacques Chirac, annoncée le 26 septembre, c’est la longueur, la diversité et la singularité d’une vie politique de quarante ans, marquée par une quantité rare de variations, de fluctuations, de résultats et de fiascos, de grandeur - le refus de la guerre en Irak – et d’abandon – la fracture sociale – qui viennent se mélanger ou s’affronter dans nos mémoires où s’imprime l’image d’un chef d’État aux expressions protéiformes.
Enregistrées au lendemain de l’annonce du décès de l’ancien président de la République, ancien maire de Paris, ancien Premier ministre et ancien président du Conseil général de Corrèze, nos réactions sont presque aussi contrastées que sa carrière.
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ITALIE : LA NOUVELLE DONNE
Son parti, la Ligue du nord, ayant nettement distancé aux élections européennes son allié au gouvernement, le Mouvement 5 étoiles, Matteo Salvini, en rompant l’accord de gouvernement, pouvait attendre beaucoup d’une dissolution de la chambre des députés et de nouvelles élections pour lesquelles les sondages lui promettaient une large victoire. Un accord de son ancien allié avec une formation de centre gauche, le Parti Démocrate, accord soutenu par le président de la république italienne Sergio Mattarella, a fait échouer la manœuvre du leader de la Ligue. Giuseppe Conte, proche du Mouvement 5 étoiles, demeure président du Conseil à la tête d’un gouvernement largement remanié. La cote de popularité de Matteo Salvini a chuté de 15 points en un mois, bien que son parti reste le favori des sondages.
L’alliance avec le Parti démocrate marque un spectaculaire revirement pour le M5S dont le cœur du discours était le rejet du Système en général et du Parti Démocrate de Matteo Renzi en particulier. Initiateur de l'alliance Parti Démocrate / Mouvement 5 étoiles, l'ancien Premier Ministre Matteo Renzi a annoncé le 16 septembre quitter le Parti Démocrate avec une trentaine de parlementaires tout en maintenant son soutien au gouvernement.
Les relations Franco-italiennes s’étaient fortement détériorées sous le premier gouvernement Conte, Emmanuel Macron dénonçant il y a peu en Salvini le symbole de la « lèpre qui monte en Europe » tandis que Luigi di Maio affichait ouvertement son soutien au mouvement des gilets jaunes. Lors du déplacement du président français à Rome le 18 septembre, Emmanuel Macron et Giuseppe Conte ont affiché leurs convergences sur le conflit libyen et l'immigration, très loin des discours anti-migrants de Matteo Salvini.
En attendant une éventuelle réforme des accords de Dublin qui prévoient le traitement de la demande d'asile par le pays d'entrée des immigrants, réforme soutenue par la France et l'Italie, Rome a rouvert ses ports aux navires de sauvetage en mer. Dimanche 22 septembre, l'Italie a autorisé le débarquement du navire humanitaire Ocean Viking en Sicile.
Avec l’Union européenne, le changement de rhétorique du gouvernement italien devrait favoriser un apaisement des relations. Prochain sujet délicat : le président du conseil italien devra présenter à Bruxelles le 15 octobre prochain son projet de budget pour l'année 2020 qui ne devrait pas être plus équilibré que le précédent.
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L’Arabie Saoudite bombardée ; Hong Kong dans l’attente #106
L’Arabie Saoudite bombardée
Samedi 14 septembre, des bombardements revendiqués par les rebelles yéménites Houtis ont frappé des raffineries pétrolières saoudiennes, atteignant un régime dont 90 % des recettes proviennent de l'extraction de pétrole et qui a dû réduire temporairement sa production de moitié. L’incertitude plane sur leur point de lancement qui pourrait se trouver en Iran. Quoi qu’il en soit, la précision de ces frappes à longue portée laisse supposer l’aide d’un État tiers et, du fait du soutien affiché de Téhéran aux Houthis, Donald Trump et Riyad en ont accusé l'Iran.<br>
L'Arabie Saoudite est engagée depuis 2015 dans une guerre au Yémen où elle est à la tête d'une coalition militaire soutenant le régime en place pro Riyad. Dans ce pays en guerre civile où 14 millions de personnes sont en situation de préfamine, les Houtis contrôlent de vastes zones de l'ouest et du nord du pays dont la capitale Sanaa. Isolée sur la scène internationale, l'Arabie Saoudite s'est enlisée dans cette guerre. Combattant officiellement les Houtis aux côtés de l'armée saoudienne, les Émirats Arabes Unis sont accusés de soutenir les rebelles pour faciliter une dislocation du Yémen qui leur serait favorable.<br>
Le Président iranien Hassan Rohani a affirmé comprendre le bombardement des Houtis, et déclaré que les yéménites ne faisaient que se défendre contre les attaques Saoudiennes sans pour autant admettre en être à l'origine.<br>
Ces événements s'inscrivent dans un climat de tension élevé entre l’Iran chiite et l’Arabie saoudite sunnite. Depuis la sortie des États Unis de l'accord sur le nucléaire iranien et la reprise des sanctions économiques, les relations entre Téhéran et Washington n'ont fait que se détériorer, jusqu'à la crise du détroit d'Ormuz cet été, lorsque les États Unis ont accusé l'Iran d'avoir attaqué des pétroliers avant que l'Iran ne détruise des drones américains qu'elle a accusés d'avoir violé son espace aérien. Du côté de l'Arabie Saoudite, l'affaire Khashoggi l'a isolé diplomatiquement à l'automne dernier. Mike Pompeo a déclaré vendredi dernier qu’il espérait une solution pacifique. <br></br>
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Hong Kong dans l’attente
Hong Kong est toujours sous tension après plusieurs mois de manifestations tantôt pacifiques marquées par des affrontements avec la police. Initiées à la suite d'un projet de loi défendues par la dirigeante Carrie Lam visant à permettre des extraditions vers Pékin, les manifestations se sont poursuivies même après le retrait définitif mais tardif du projet de loi le 4 septembre dernier. Les manifestants, dont une majorité de jeunes, réclament un système plus démocratique tel que prévu par l'accord entre Pékin et Londres. Officiellement, Pékin s'est engagé à maintenir le statu quo « un pays deux systèmes » qui doit rester en vigueur jusqu'en 2047 pour le centenaire de la rétrocession de la colonie britannique à la Chine. Au-delà des revendications démocratiques, Hong Kong souffre de problèmes liés aux inégalités économiques, notamment le prix du logement (13.000 euros le mètre carré), justifiant en partie le maintien des manifestations.<br>
En août, l'armée chinoise a procédé près de Hong Kong à des exercices militaires très médiatisés afin de faire pression sur la rue et d'afficher sa capacité à intervenir militairement. 30 ans après le massacre de Tiananmen, cette démonstration fait craindre une opération militaire de l'armée chinoise à Hong Kong. Une telle décision apparaîtrait dans la continuité pour Pékin qui n'a jamais cherché à établir un dialogue avec les manifestants. Les Hongkongais ayant bloqué l'aéroport en août ont été qualifié de terroriste par le pouvoir. En 2014, le mouvement des parapluies avait déjà montré l'inflexibilité de Pékin face aux manifestants.<br>
Une intervention militaire de Pékin pourrait servir à neutraliser les tendances antirégime ou prodémocratiques ailleurs en...
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Le point sur les réformes ; Les relations France-Russie #105
Le point sur les réformes
En matière de réformes, le gouvernement a changé de ton et de rythme. Le mot avait d’ailleurs disparu au printemps dernier, et c’est une « loi de transformation (et non de réforme) du statut de la fonction publique » que la majorité a adoptée avec le soutien des Républicains avant que le Conseil constitutionnel la valide en août. Pour les chantiers de l’automne : retraites, santé, procréation médicalement assistée, le président et le gouvernement soulignent la nécessité de prendre le temps et (ou) de consulter largement.
A propos des retraites, pour la réforme (ou la transformation) desquelles le gouvernement dispose du rapport Delevoye qui préconise le remplacement des différents régimes actuels par un régime unique, à partir de 2025, l’exécutif met en avant la nécessite de recueillir tous les points de vue. Le Premier ministre a reçu les partenaires sociaux la semaine dernière et une consultation citoyenne a été lancée sur le sujet, tandis que le président de la République exprimait son souhait d’une négociation sur le nombre de trimestres de cotisations plutôt que sur l’âge du départ.
En matière de Santé publique, la loi adoptée en juillet prévoit notamment la fin du "numerus clausus" dès 2020, la labellisation de 500 à 600 hôpitaux, la création d'un espace numérique de santé et une obligation pour les internes de passer six mois dans les zones à faible densité médicale. Face à la grève des médecins urgentistes, Agnès Buzyn a présenté lundi 9 septembre un « plan d'action » qui prévoit notamment une admission directe pour les personnes âgées et une vidéo-assistance dans tous les Samu, ainsi qu’un recours à la médecine libérale afin de désengorger les urgences.
Emmanuel Macron avait choisi de retarder le vote de la loi sur la procréation médicale assistée afin de ménager les différentes sensibilités et d'éviter que ne se répètent des manifestations telles que lors de la loi sur le mariage pour tous. Un texte sera soumis au parlement en septembre.
Enfin, le 28 août dernier, la ministre de la justice Nicole Belloubet a présenté les trois projets de loi réformant les institutions. Ils prévoient une diminution de 25 % du nombre de parlementaires, (433 députés contre 577 et 261 sénateurs contre 348), une limitation à trois mandats successifs pour un certain nombre d'élus ainsi qu'une introduction de 20% de proportionnelle aux élections législatives, un élargissement des possibilités de convoquer un référendum et l’inscription dans la Constitution du service national et du soutien de toutes les actions en faveur de la biodiversité.
Loin des ambitions de campagne d'Emmanuel Macron, l'endettement public a continué d'augmenter rapidement pour frôler les 100 % du PIB, et la baisse du nombre de fonctionnaires devrait être de l'ordre de 15 000 contre 120 000 annoncés.
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Les relations France-Russie
Lundi 9 septembre, les ministres des affaires étrangères français et russe se sont rencontrés à Moscou, une première depuis l'annexion de la Crimée en 2014. Le 19 août dernier, Emmanuel Macron avait accueilli Vladimir Poutine au fort de Brégançon à la veille du G7 dont son pays est exclu depuis 2014. Bien qu'opposé à la réintégration de la Russie, Emmanuel Macron a semblé ces dernières semaines amorcer un réchauffement des relations diplomatiques avec elle, affirmant situer cette relation dans le « temps long ».
Les raisons de la mésentente diplomatique entre la France (et de manière généralel'Europe) et la Russie sont multiples, particulièrement depuis l'annexion de la Crimée en 2014 et le soutien aux séparatistes...
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Bada #15 - L'éducation selon Blanquer; le parlement selon Bojo
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L'éducation selon Blanquer; le parlement selon Bojo
Émission enregistrée en public à l'Ecole Alsacienne le 8 septembre 2019.
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Le patrimoine au coeur du débat
Maryvonne de Saint-Pulgent, vous êtes présidente de section au Conseil d’État, ancienne directrice du Patrimoine au ministère de la Culture et présidente de la Caisse nationale des monuments historiques et des sites aujourd’hui appelée Centre des Monuments nationaux. Vous êtes aussi présidente de la Fondation des Treilles, très active dans les domaines des sciences des lettres et des arts, vous avez notamment publié Le Gouvernement de la Culture chez Gallimard et cosigné avec Denis Jeambar un livre sur Gershwin car, avant d’entrer à l’ENA, vous aviez moissonné quelques prix au Conservatoire National Supérieur de Musique.
Un peu plus d’un mois après, l’incendie de Notre-Dame, le 16 avril dernier, un sondage BVA relevait l’attachement de 86% des Français à leur patrimoine culturel. 96% d’entre eux soulignent le rôle du patrimoine dans la découverte de la diversité des régions de France et sa contribution au rayonnement de la France. 74% des persones interrogées estiment que le patrimoine culturel est accessible à tous, mais 72% trouvent son accès trop cher. 31% des Français déclarent avoir déjà donné pour la conservation de ce patrimoine, et le don moyen est d’environ 260€. Si les Français estiment en grande majorité qu’il est normal que le financement de l’entretien du patrimoine soit réalisé par les fondations (88%) ou les jeux (78%), ils sont en revanche plus partagés sur les financements émanant de sources étrangères. Aux yeux d’une majorité de Français, le patrimoine religieux (62%) et les monuments civils ou sites archéologiques (50%) apparaissent comme le mieux mis en valeur en France. Néanmoins, cette mise en valeur cache d’importantes disparités territoriales. C’est à ce titre, qu’Emmanuel Macron avait lancé le 16 septembre 2017 la mission patrimoine confiée à Stéphane Bern. Le loto du patrimoine, le jeu qui soutient cette mission a, lors de sa première édition en 2018, dépassé son objectif initial de 15 à 20 millions d’euros pour récolter 22 millions d’euros. Une deuxième édition a donc été reconduite. Le ministre de la Culture a présenté le 11 juin la liste de 103 monuments bénéficiaires du tirage spécial, qui sera organisé le 14 juillet. Ce sont 121 nouveaux sites en péril, contre 270 l’an passé, qui bénéficieront de cette opération. Outre les 18 monuments emblématiques, un projet par département a été sélectionné, pour assurer un meilleur maillage géographique.
Dans un pays riche de 44 318 monuments historiques immobiliers (source base Mérimée 2014), la question des financements de leur conservation demeure cruciale. C’est à ce titre que la potentielle réforme du dispositif d’incitation fiscale accordée par la loi dite Aillagon de 2003 a provoqué au mois de juin de fortes réactions parmi les spécialistes en gestion des institutions culturelles et patrimoniales.
Maryvonne de Saint-Pulgent, au-delà de l’émotion en France et à l’étranger, quelles conséquences l’incendie de Notre Dame de Paris peut avoir sur la politique du patrimoine, j’allais dire de tous les patrimoines car, dans l’esprit et dans la pratique des Français, ce mot recouvre aussi bien les chapelles romanes que les friches industrielles ?
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Les Jeunes et l’information
François Dufour, vous êtes le cofondateur avec deux de vos amis proches Gaëtan Burrus et Jérôme Saltet et le rédacteur en chef de PlayBacPresse, société qui fêtera prochainement ses 25 ans et qui publie les seuls quotidiens pour enfants en France. Les quelques 100.000 familles abonnées reçoivent leur journal papier chaque matin via la Poste, du lundi au samedi. Chaque jour le choix des sujets est laissé à des rédacteurs en chef junior et nous accueillons également quelques-uns d’entre eux.
Dans une époque où les enfants passent pour être devenus « accros » aux écrans, le journal Mon Quotidien apparait comme une sorte d’anomalie résistant dans un paysage aujourd’hui saturé d’outils numériques. L’ambition de PlayBacPresse est, en effet, de faire lire 10 minutes par jour. Unique en Europe, cette formule n’existe qu’au Japon et en Corée du Sud.
Alors que la presse papier décline fortement, les jeunes Français demeurent d’importants consommateurs de contenus d’information. Ils en font désormais un usage particulièrement intense sur les réseaux sociaux. Selon une enquête du ministère de la culture parue en 2018, 32% des 15-34 ans passent uniquement par les réseaux sociaux ou les moteurs de recherche pour accéder à des contenus d’information en ligne. Un site comme Facebook est par exemple devenu un lieu majeur d’accès à l’information bien que cette exposition à l’actualité puisse être choisie ou accidentelle. Avec la prolifération de fake news sur la toile, l’éducation aux médias est devenue primordiale pour que les jeunes apprennent à se forger un regard critique sur leurs sources d’information.
Avant d’aborder certains points particuliers, notamment ceux qui concernent le contenu et le mode de fabrication de vos quotidiens, j’aimerais vous demander comment vous voyez vos lecteurs et, après presque un quart de siècle, comment vous les avez-vu évoluer.
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Le rebond de l'Espagne
Benoit Pellistrandi, vous êtes historien de l’Espagne, professeur agrégé au lycée Condorcet et auteur du récent ouvrage Le Labyrinthe catalan paru aux éditions Desclée de Brouwer en 2019.
Le 26 mai, un mois après la victoire de Pedro Sánchez aux législatives, le PSOE (parti socialiste ouvrier espagnol) a remporté les européennes avec 33 % des suffrages, infligeant une défaite à son principal rival, le parti conservateur PP (Parti populaire) qui n’obtient que 20,1 % des voix. Ces élections ont pris en Espagne un air de deuxième tour pour le leader socialiste. Il sort renforcé par le bon score de son parti, tant sur le plan européen que sur le plan national, puisque le pays tenait aussi en parallèle des élections municipales et régionales.
Malgré ces bons résultats les socialistes pâtissent des divisions chez leurs alliés de Podemos. La mairie de Madrid est passée aux mains d'une alliance de droite entre Parti populaire, Ciudadanos et Vox, ainsi qu'à Barcelone, où les indépendantistes de gauche arrivent en tête et où Manuel Valls a été sèchement battu. Podemos, le parti de Pablo Iglesias, qui avait conquis en 2015 les plus grandes villes espagnoles avec les autres mouvements de gauche radicale, a perdu ces municipalités et essuyé une défaite humiliante dans les urnes.
Le gouvernement entend profiter du bon score du PSOE pour réclamer un rôle de premier plan dans l'UE. Ombre notable à ce tableau, le bon score recueilli en Catalogne par les listes indépendantistes annonce l'exportation du conflit catalan vers les institutions européennes et devrait provoquer de nouveaux casse-têtes juridiques pour Madrid.
La querelle autour de l’indépendance de la Catalogne se poursuit un an et demi après le référendum et la déclaration manquée d’indépendance. Ce débat structure le débat politique en Espagne avec notamment l’émergence au niveau national d’un parti d’extrême droite, Vox, qui a fait de la lutte contre l’indépendantisme catalan l’axe majeur de son discours. La campagne des élections législatives anticipées a été parasitée par le procès de 12 dirigeants catalans ; un procès historique encore en cours. Après les élections du 28 avril, les partis indépendantistes catalans ont obtenu 22 sièges au Parlement à l’issue des élections législatives. Benoît Pellistrandi, peut-on dire que la question catalane divise profondément la société espagnole et fragilise l’unité du pays ?
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Les enjeux du Sahel
Louis Gautier vous êtes conseiller maître à la Cour des comptes, professeur en Science politique à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, directeur de la Chaire "Grands enjeux stratégiques contemporains" et ancien Secrétaire général de la Défense nationale. Nous vous recevons aujourd’hui pour éclaircir la situation du Sahel, région marquée par un récent regain de violence.
Le Sahel méridional, celui qui se situe au sud du Sahara, est une immense bande de terre aride s’étendant de l’océan Atlantique à la mer Rouge, qui traverse peu ou prou la Mauritanie, le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Tchad, le Soudan et l’Érythrée. C’est une des régions les plus pauvres du monde, peuplée par une mosaïque d’ethnies.
Au Mali, les massacres à caractère communautaire se multiplient dans un contexte de déflagration territoriale. Les groupes armés profitent du vide laissé par l’État et de l’incapacité du président Ibrahim Boubacar Keïta réélu en 2018 à rétablir la sécurité et le développement dans son pays. Par sa résolution 2423, le Conseil de sécurité de l’ONU avait jugé nécessaire, en 2018, de renouveler le mandat de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA). Le Mali n’est pas le seul pays du Sahel en proie à la violence. Vingt-huit soldats nigériens ont été tués en mai dernier dans une embuscade tendue par des terroristes.
Face à cela, la Mauritanie le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad se sont rassemblés en 2014 dans un G5S et s’efforcent de lier étroitement développement économique et sécurité tout en impliquant les autres États du Sahel directement menacés par les différentes organisations djihadistes de la région car les groupes islamistes du Sahel migrent vers le sud, noyautant de plus en plus le Burkina Faso et les États côtiers pour ouvrir de nouveaux fronts. L'enlèvement le 1er mai 2019 d'un couple de Français dans une réserve animalière au nord du Bénin avait ainsi servi d'alarme.
La France, avec l’opération « Barkhane » combat les djihadistes au Sahel. Depuis bientôt cinq ans, les soldats français traquent les groupes terroristes affiliés à l’organisation État islamique (EI) dans le Grand Sahara (EIGS) et à Al‐ Qaida au Maghreb islamique (AQMI), sur un territoire sahélien vaste comme l’Europe où, malgré leurs efforts, les djihadistes continuent de prospérer. Au cours des trois opérations menées dans la région, 28 militaires français ont perdu la vie.
Louis Gautier, nous aimerions voir avec vous si le ou les conflit(s) dans le(s)quel(s) notre pays est engagé risque l’enlisement, si les pays du G5S ont les moyens de leurs ambitions affichées ou encore ce que l’on peut attendre des autres pays occidentaux dans cette région explosive…
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Les déserts médicaux
Roselyne Bachelot : Vous êtes docteur en pharmacie, vous avez exercé diverses responsabilités dans un laboratoire pharmaceutique, vous avez été élue conseillère générale, régionale, députée (française et européenne), secrétaire générale adjointe du RPR, puis nommée ministre de l'environnement, de l'écologie et du développement durable de 2002 à 2004. En 2007 vous êtes ministre de la santé, de la jeunesse et des sports, puis ministre des solidarités et de la cohésion sociale de 2010 à 2012. Depuis, vous animez diverses émissions de radio et de télévision et vous publiez des essais qui traduisent votre dilection pour la musique aussi bien que vos convictions féministes. Nos auditeurs peuvent en savoir davantage sur votre vie en écoutant le Kitafétoi dont vous êtes la protagoniste et qui est accessible sur notre site.
Comme députée, vous vous êtes consacrée aux questions de santé et de santé au travail, de protection sociale, d'exclusion, de bioéthique et de handicap. En 1991, vous avez voté la loi Evin sur le tabagisme et l'alcool, en opposition avec les consignes du RPR, comme vous vous aviez pris une position en rupture sur le Pacs en 1998. Ministre, vous avez travaillé sur la réforme des franchises médicales, la résorption du déficit de la sécurité sociale, les plans de lutte contre Alzheimer et contre le cancer, l'amélioration des conditions de travail à l'hôpital et la réorganisation des soins palliatifs. Vous avez défendu en 2009 la loi « hôpital, patients, santé et territoires ». Avec vous, nous allons donc tenter d’éclairer la question des déserts médicaux.
La France est l’un des pays de l'OCDE les plus dépensiers en matière de santé : elle y consacre 11,8 % de son PIB. Mais la question se pose de ces parties du territoire où il est de plus en plus difficile d'accéder aux soins et dont il a beaucoup été question lors du récent « grand débat national ».
L’expression « désert médical » recouvre une réalité complexe dont les chiffres rendent un compte insuffisant et contradictoire. Selon la direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) du ministère de la Santé, 98 % de la population réside à moins de 10 minutes de route d'un cabinet de généraliste et trois quarts des Français sont à moins de 20 minutes du spécialiste le plus proche, quelle que soit la spécialité. Ces statistiques ne mesurent pas le temps d’attente avant d’obtenir un rendez-vous, or, il peut se monter à plusieurs mois. Elles s’opposent à d’autres statistiques établies par la même Drees selon laquelle le pays compte 11.329 communes dans des zones considérées comme "déserts médicaux" et 12% de la population réside dans une commune considérée comme "sous-dense" en médecins généralistes.
Si la situation actuelle est comparable à celle des années 80, une dégradation est à craindre face à une double évolution : l'augmentation de l'espérance de vie des Français et le vieillissement des médecins généralistes qui sont 8% de moins qu'en 2009 selon les données de la Drees et dont les rangs devraient continuer à s’éclaircir jusqu'en 2025, conséquence d’un numerus clausus que le gouvernement entend supprimer.
Le plan « Ma santé 2022 » visant notamment à résoudre les problèmes de disparité géographique des services de santé n'est pas le premier du genre. Qu'elles soient incitatives ou autoritaires, les actions publiques se sont révélées largement inopérantes jusqu'alors.
La médecine salariée prend le pas sur la médecine libérale. La précarité de l'équilibre financier du système de santé, dont le déficit vient d’augmenter à nouveau pose la question du mode de rémunération des actes autant que celle de leur limitation. Les réformes de l’hôpital doivent affronter l'inertie du système, avec ses structures mastodontes comme les CHU et remédier à des dégradations spectaculaires comme celle des services d’urgence.
Roselyne Bachelot si chacun reconnait qu’il faudra des années pour donner...
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La politique de concurrence de l'Union européenne
Pierre Sellal, vous êtes Ambassadeur de France et actuellement le président de la Fondation de France. Vous avez auparavant été représentant de la France auprès de l’Union européenne à Bruxelles, l’occasion de nous pencher aujourd’hui l’actuelle politique de concurrence de l’UE.
Le 6 février dernier, la Commission européenne a annoncé qu'elle bloquait le projet de fusion Siemens-Alstom ; deux constructeurs ferroviaires l’un allemand et l’autre français. Une décision assumée par Margrethe Vestager, la commissaire chargée de la Concurrence européenne selon qui : " cette concentration aurait entraîné une hausse des prix pour les systèmes de signalisation qui assurent la sécurité des passagers et pour les futures générations de trains à très grande vitesse". Cette dernière décision a fait l'objet de nombreuses contestations et relancé le débat sur la politique de concurrence européenne. La Commission est essentiellement critiquée pour avoir empêché la création d'un "champion européen", apte à déstabiliser la concurrence chinoise. La direction générale de la concurrence européenne (DG) est souvent accusée d'être trop tournée vers le marché intérieur et d'appliquer strictement le droit concurrentiel au détriment de l'émergence d'entreprises prêtes à faire face aux nouvelles concurrences dans certains secteurs stratégiques.
Margrethe Vestager a néanmoins placé son mandat sous le signe des sanctions spectaculaires. A l’inverse de son prédécesseur, l’espagnol Joaquim Almunia qui avait opté pour des négociations avec Google, Madame Vestager a, en juillet 2018, infligé à Google une amende record de 4,34 milliards d’euros en raison de « pratiques illégales » favorisant, sur son système d’exploitation Android, son moteur de recherche et son navigateur. L’importance du thème de la régulation des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) dans la campagne des européennes et le résultat des élections donneront des indications sur la suite.
Pierre Sellal, comment caractériseriez-vous l’évolution de la politique européenne dans le domaine de la régulation de la concurrence et quelles données du problème vous semblent-elles mériter un traitement prioritaire ?
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L’Allemagne vue de France et la France vue d’Allemagne
Matthias Fekl, vous êtes normalien et énarque, vous avez été haut fonctionnaire, député, secrétaire d’État chargé du commerce extérieur, de la Promotion du tourisme et des Français de l’étranger et ministre de l’intérieur. Vous êtes aujourd’hui avocat. Si c’était notre sujet, je rappellerai que vous aviez proposé à François Hollande une réforme audacieuse de nos institutions, mais je vais me contenter de rappeler que vous êtes né en Allemagne d'un père allemand et d'une mère française tous deux professeur et chacun d’eux enseignant la langue de l’autre. Vous possédez les deux nationalités française et allemande, vous avez fréquenté les établissements d’enseignement des deux pays et vous êtes bilingue. Nous souhaitons aujourd’hui nous pencher avec vous sur la question des relations franco-allemandes et de leur évolution récente.
Le 2 mai, Paris et Berlin annonçaient « 5 à 6 milliards d’euros » d’investissements pour leur projet de consortium européen de batteries de voitures électriques surnommé l'« Airbus des batteries ». Bruxelles a alors donné son accord de principe, jugeant urgent de combler le retard de l’Europe face à la Chine. Plus tôt dans l’année, le 25 mars, l'assemblée parlementaire franco-allemande, composée de 50 députés de chacun des deux pays, tenait sa session inaugurale à Paris au Palais Bourbon. sur les plans économique et politique, l’unité franco-allemande s’affiche des deux côtés du Rhin renforcée par des images fortes comme celle prises lors de la signature du traité d’Aix-la-Chapelle le 22 janvier dernier.
Malgré cela, le couple Macron-Merkel bat de l’aile sur le Brexit, l’ouverture de négociations commerciales entre les États-Unis et l’Europe et sur la question sensible d’un éventuel échange de territoires entre le Kosovo et la Serbie pour laquelle ils se sont rencontrés ce 29 avril lors d’un sommet à Berlin. La réaction d’Annegret Kramp‐ Karrenbauer dite AKK, nouvelle dirigeante de la CDU, à la lettre d’Emmanuel Macron « pour une Renaissance européenne » a fortement attisé les tensions alors qu’Angela Merkel a d’ores et déjà annoncé qu’elle quitterait la vie politique en 2021.
Matthias Fekl, au-delà de ces événements particuliers, comment décririez-vous la perception des uns par les autres et sa récente évolution ?
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L’État vu d’en bas
Noël de Saint Pulgent vous êtes actuellement délégué du défenseur des droits pour le 19ème arrondissement ; un rôle encore méconnu dans notre société.
Le 17 juillet 2014, Jacques Toubon a été nommé défenseur des droits par François Hollande. Selon l’article 71-1 de la Constitution, « Le Défenseur des droits veille au respect des droits et libertés ». C’est une personne indépendante qui défend les droits de chaque citoyen de manière confidentielle et gratuite.
Afin de parvenir à mener à bien cette mission, le défenseur des droits est appuyé par des délégués. Ces derniers peuvent aider un citoyen s’il a des difficultés dans ses relations avec les services publics, si les droits d’un enfant ne sont pas respectés ou s’il est discriminé. Les délégués du Défenseur des droits accueillent, écoutent et orientent gratuitement tous ceux qui pensent que leurs droits ne sont pas respectés. Ils ont donc tout autant un rôle d’information que de médiateur.
Selon le rapport annuel d’activité, en 2018 l’institution a reçu 95 836 dossiers de réclamations soit une augmentation de plus de 6% par rapport à 2017 et de 13% sur les deux dernières années. 80% des règlements amiables engagés par l’institution ont abouti favorablement. En outre, le Défenseur des droits a répondu à 34 999 demandes d’information. Il a rendu 295 décisions, adressé 29 avis au Parlement et présenté à 108 reprises des observations devant des juridictions.
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Royaume Uni : il n'y a pas que le Brexit
Pauline Schnapper vous êtes professeure de civilisation britannique contemporaine à l’université Sorbonne-Nouvelle et avez fait paraitre en 2015 un ouvrage intitulé "Britain and the Crisis in the European Union".
Le 24 mai dernier, Theresa May a démissionné de la direction du parti conservateur tout en restant Première ministre jusqu’à la nomination de son successeur.
Durant son mandat, outre l’échec de sa principale mission qui était de faire sortir le Royaume-Uni de l’Union européenne, aucune décision majeure n’a été prise à l’exception d’une loi antiterroriste controversée, d’une réforme de la justice et de mesures contre le blanchiment d’argent. Les ministères ont vu leurs budgets fondre tandis que le gouvernement a laissé les municipalités dépérir. Leurs allocations ont diminué de 49,1 % en termes réels entre les années fiscales 2010-2011 et 2017-2018, selon le Bureau d’audit national (NAO). Le comté du Northamptonshire, pourtant dirigé par les conservateurs, a fait faillite en 2018. Alors que la nouvelle dernière échéance pour le Brexit est fixée au 31 octobre 2019, on s’interroge sur ses diverses répercussions importantes pour le Royaume-Uni. Son union est-elle menacée par les projets d’indépendance de la Première ministre d’Ecosse ? Les guerres d’Irlande pourraient-elles menacer à nouveau ? L’économie britannique souffrira-t-elle de cette séparation d’avec l’Europe ou suivra-telle le modèle de Singapour ? Les palinodies de la classe politique, travaillistes et conservateurs confondus aboutiront-elles à la fin du bipartisme ou à un bipartisme nouveau qui verrait s’opposer les deux vainqueurs des élections européennes, les populistes du Brexit party et européistes libéraux démocrates avec un tiers parti, les Verts, qui ont recueilli 12,5% des suffrages soit presque autant que les travaillistes de Jeremy Corbyn. Sans oublier, bien sûr, les possibles conséquences de tous ces événements sur la monarchie britannique, question dont nous savons tous qu’elle passionne très largement les frontières du Royaume Uni de Grande Bretagne et d’Irlande du nord.
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La cajolerie des territoires, Erdogan un revers sévère #94
LA CAJOLERIE DES TERRITOIRES :
Lundi 24 juin, la Cour des comptes a publié son rapport annuel sur les finances locales. Elle enregistre un excédent de 2,3 milliards d’euros pour les administrations publiques territoriales en 2018.
Ces chiffres s’expliquent. L’État n’a pas diminué ses dotations en 2018, contrairement aux trois années précédentes. Ses transferts de fonds aux collectivités ont augmenté de 1,8 milliard d’euros. Les administrations centrales ont réduit leur production de normes qui entraîne des coûts importants pour les communes, départements et régions. La règle édictée par Édouard Philippe en juillet 2017 de deux normes supprimées pour une nouvelle a fonctionné. Le coût des injonctions réglementaires nationales est passé de 1 milliard d’euros en 2017 à 400 millions d’euros en 2018.
Le 13 juin lors de son discours de politique générale devant le Sénat, Édouard Philippe a joué la carte girondine en promettant une nouvelle loi de décentralisation d’ici 2020. Avant cela, un projet de loi « Engagement et proximité », censé résoudre la crise des vocations municipales et simplifier la vie des édiles devrait être adopté.
Vendredi 14 juin, lors du congrès de l’association Villes de France à Albi dans le Tarn, le Premier ministre s’est livré à une opération de séduction pour se doter d’un maillage local. Il a nourri son discours de la notion de "confiance" et a appelé les maires à dépasser " des étiquettes politiques bien vieillies."
La réforme de la fiscalité locale attendue par les collectivités territoriales a été présentée mardi 18 juin par les ministres de la Cohésion des territoires et des Comptes publics. Les maires recevront l'intégralité de la taxe foncière des départements et Bercy promet aux édiles la révision des bases locatives qu'ils demandent depuis des décennies. Engagée à faire baisser la pression fiscale sur les ménages, la majorité avait, dès son arrivée au pouvoir, décidé la suppression de la taxe d’habitation, dans un premier temps pour les ménages modestes ce qui avait provoqué de vives réactions parmi les maires de France. Pour compenser le manque à gagner des communes, l’exécutif a choisi l’attribution au bloc communal (communes et intercommunalités) de l’intégralité de l’autre impôt local, la taxe sur le foncier bâti, payée, elle, par les propriétaires. Les départements vont donc perdre la part de cette taxe foncière qui leur revenait. En contrepartie, les conseils départementaux recevront une partie de la TVA.
L’État en soutien du local, c’est également ce qu’avait déjà commencé à faire le gouvernement, avec l’opération Cœur de Ville, un programme de réhabilitation des centres des 222 villes moyennes lancé il y a un an, avant la crise des gilets jaunes.
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ERDOGAN : UN REVERS SÉVÈRE
Dimanche 23 juin, les habitants d’Istanbul se sont rendus aux urnes afin d’élire leur maire pour la seconde fois en moins de trois mois.
L'ancien Premier ministre Binali Yildirim, candidat de l'AKP, le parti du président Erdogan, à la mairie de la plus grande ville turque, a échoué face à l'opposant Ekrem Imamoglu, que peu de Stambouliotes connaissaient il y a six mois et qui a obtenu 53,86 % des voix contre 45,23 % pour son adversaire.
Le 31 mars, Ekrem Imamoglu avait déjà remporté cette élection municipale, mais d’une courte tête – avec 13. 000 voix d’avance. Sous la pression du président turc Recep Tayyip Erdogan, sa victoire avait été invalidée, au motif d’« irrégularités » dans les bureaux de vote.
Le vote kurde a joué un rôle décisif. Les Stambouliotes originaires de cette minorité, traditionnellement divisée entre pro et anti-AKP, constituent environ 20 % des quelques 15 millions d'habitants de la mégalopole. Durant sa campagne, le candidat de l'opposition Ekrem Imamoglu a pris la défense de Selahattin Demirtas, l'ancien coleader du parti prokurde HDP, embastillé depuis plus de deux ans.
Au pouvoir depuis 17 ans...
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HONG KONG : LE GRAND DEFI ; MUNICIPALES : GRANDES MANOEUVRES ET PETITS CALCULS #93
HONG KONG : LE GRAND DEFI
Le 16 juin dernier, un million de personnes ont défilé à Hongkong selon les organisateurs de la mobilisation, alors que la ville compte sept millions d’habitants. Cette mobilisation est un record depuis la rétrocession du territoire à la Chine en 1997. Les Hong-kongais sont vent debout contre un projet de loi qui permettrait à leur gouvernement d’extrader plus facilement des personnes présentes sur son territoire, notamment vers Pékin. Sous souveraineté chinoise, Hongkong jouit d'une semi-autonomie et de libertés qui n'existent pas en Chine continentale, et ce, en théorie, jusqu’en 2047.
L’ex-colonie britannique a été le théâtre de violence et d’émeutes notamment lors d’un rassemblement non autorisé du mercredi 12 juin où les répressions policières ont été sévères.
Ce n’est pas la première fois que de telles marées humaines envahissent le centre-ville d’Hong-Kong. En 2003, en 2012 et lors de la « révolution des parapluies » en 2014, des scènes similaires s’étaient produites. Alors qu’Hong-Kong n’avait obtenu aucune concession de Pékin en 2014, la population semble aujourd’hui déterminée à ne rien lâcher. C’est ce que montre par exemple Joshua Wong, l’une des figures de la contestation des parapluies, qui tout juste libéré de prison lundi 17 juin, a rejoint les rangs de la mobilisation.
Le rassemblement du 16 juin était deux fois plus important que celui du dimanche précédent alors que le gouvernement local avait suspendu la veille l’examen du projet de loi. La colère des Hong-kongais a désormais pour objet Carrie Lam, la cheffe de l’exécutif local pro-Pékin. Mardi 18 juin, elle a présenté des excuses à la population tout en refusant de démissionner. La suspension du projet de loi constitue un revers pour le président chinois qui a fait de l’intégration de cette ville un modèle qu’il voudrai reproduire à Taïwan, et ceci au moment où la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis connaît un regain de tension.
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MUNICIPALES : GRANDES MANOEUVRES ET PETITS CALCULS
Lundi 17 juin, la Commission nationale d’investiture du Parti Présidentiel dirigée par Marie Guévenoux et Alain Richard, respectivement députée de l’Essonne et sénateur du Val-d’Oise, a dévoilé ses 19 premiers candidats pour les élections municipales de 2020.
Le parti macroniste, qui n’a pas encore été en lice à des élections municipales, ne compte aujourd’hui que 2 000 élus municipaux, sur un total d’environ 500 000 mais vise à s’implanter sur tout le territoire. Pour ce faire, il entend procéder au cas par cas : dans les villes qu’il estime à sa portée, il compte présenter ses propres listes avec des candidats étiquetés LRM et MoDem. Dans celles qui lui paraissent imprenables sous sa seule étiquette, l’idée est de nouer des alliances avec des élus sortants d’un autre parti.
La République en Marche et le Rassemblement national, les deux formations politiques arrivées en tête des élections européennes, sont paradoxalement celles qui comptent le moins d’élus locaux. En face, les partis de gouvernement historiques comptent de nombreux fiefs locaux, surtout la droite, grande vainqueur des élections municipales de 2014.
Marine Le Pen s’est dit, dimanche 16 juin, « prête à discuter » avec des électeurs et des militants Les Républicains (LR), en crise depuis la déroute de cette formation aux élections européennes de mai, et avec ceux qui « contestent » Emmanuel Macron, pour fonder « des plateformes d’action communes ».
Les écologistes ont obtenu leurs scores les plus élevés aux élections européennes dans les grandes villes, dépassant parfois un score de 20 %. Ils nourrissent des ambitions à Nantes, Rennes, Toulouse et même à Paris.
Dans la capitale, le parti d’Emmanuel Macron a exclu, lundi, l’organisation de primaires...
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Bada #14 - Macron, l'acte II interprété par Edouard Philippe; Du rififi dans le détroit d'Ormuz
Émission enregistrée en public à la mairie du 9eme arrondissement de Paris le 16 juin 2019.
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