UATX : l'université « anti-cancel » qui s'est cancel toute seule
Premier Regard

UATX : l'université « anti-cancel » qui s'est cancel toute seule

8 février 2026· 5:34

À propos de cet épisode

En 2021, en pleine tempête culturelle autour de la « cancel culture », un groupe d’intellectuels et d’entrepreneurs américains se présente comme les nouveaux martyrs de la liberté d’expression. Leur promesse : sauver l’université américaine d’un climat jugé trop « woke », trop censeur, trop politiquement correct. Leur projet porte un nom ambitieux : University of Austin, ou UATX.


Sur le papier, l’idée séduit certains. Créer un campus où toutes les idées, même les plus controversées, pourraient s’exprimer sans crainte. Un lieu où les étudiants ne se sentiraient pas surveillés par une « police morale » progressiste. Une université qui refuserait tout test idéologique. Bref, un sanctuaire pour la liberté académique.

Mais dès le départ, des voix critiques doutent. UATX n’est pas accréditée officiellement. Elle s’installe dans un ancien magasin du centre-ville d’Austin, loin des campus traditionnels. Et surtout, elle est financée par de riches donateurs ouvertement « anti-woke », comme Joseph Lonsdale, milliardaire libertarien et figure influente de la tech conservatrice. Pour certains observateurs, le projet ressemble moins à une université pluraliste qu’à une future chambre d’écho idéologique de droite.


Les années passent, et les soupçons semblent se confirmer. Selon une enquête détaillée publiée par Politico, un épisode clé survient en avril 2025. Ce jour-là, Joseph Lonsdale convoque une réunion générale avec l’ensemble du personnel. Et le ton change radicalement. D’après plusieurs témoignages recueillis par le média, le financier impose alors une ligne politique claire. Les professeurs et employés doivent adhérer à ce qu’il appelle quatre principes : l’anti-communisme, l’anti-socialisme, le rejet des politiques identitaires et l’anti-islamisme. Ceux qui ne s’aligneraient pas sur ces positions risqueraient d’être mis à l’écart.


Pourtant, UATX s’était dotée d’une charte constitutionnelle interne censée garantir des procédures démocratiques pour gérer les désaccords. Mais, selon plusieurs employés, ces mécanismes se seraient évaporés dès que des figures influentes comme Lonsdale intervenaient. Les décisions semblaient descendre d’en haut, sans réelle concertation. L’un des membres du staff résume la situation avec une image parlante : « On construisait l’avion pendant qu’on volait. » Une institution improvisée, instable, et de plus en plus dépendante de ses mécènes.


Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.