
Ce qui vaut la peine
Par Dernières Nouvelles d'Alsace
Réseau : EBRA
10 épisodes
Ce qui vaut la peine, c'est le podcast de chroniques judiciaires des Dernières Nouvelles d'Alsace et de L'Alsace. Des journalistes se relaient pour raconter le quotidien de la justice, en s'attachant non pas seulement aux faits et à la peine prononcée, mais surtout aux histoires de vie derrière les décisions de justice.
A la barre des tribunaux, on trouve les grands criminels. Mais il y a aussi, plus nombreux, anonymes, des gens aux vies ordinaires. Des vies qui suivaient leur cours tranquille, jusqu'à ce que quelque chose dérape. Des gestes sont alors commis, qui demandent réparation. C'est alors que des histoires se dévoilent, à la fois banales et singulières, fortes et tout en fragilités. Histoires d'amour manqué, d'amitié mal placée, d'argent mal gagné, avec ses auteurs et ses victimes, et aussi ses professionnels du droit qui, tous, ont droit à la parole en audience judiciaire.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.
Épisodes

Son beau-père a démoli son enfance, mais elle se bat
Blonde, les cheveux lisses et longs, âgée d’une trentaine d’années, elle est assise, bien droite sur le premier banc. Elle est soutenue par ses deux sœurs, placées derrière elle. Son avocate n’est pas très loin, prête à intervenir si quelqu’un s’approche de sa cliente. A quelques mètres, juste avant d’être appelé à la barre, son bourreau se fait discret, dans un coin. Je ne le regarde pas. Même lorsqu’il répond à la présidente, mon regard se tourne vers celle qui le considérait comme son beau-père.
Ce n’est pas du prévenu dont j’ai envie de vous parler aujourd’hui. C’est de la victime. Pourtant, ce n’est pas comme ça que j’ai envie de parler d’elle. Victime, c’est vrai qu’elle l’a été ; à plusieurs reprises. Mais aujourd’hui, cette femme force mon admiration. A travers elle, c’est aussi de toutes les autres femmes, celles qui osent pousser la porte d’un commissariat pour porter plainte contre ceux qui ont démoli leur enfance et leur vie dont je veux vous parler.
Écriture, narration : Isabelle Lainé
Réalisation : Mathieu Lerch
Conception, musiques : Emmanuel Viau
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

La violence engendre la violence
Il est militaire de profession. Devant le tribunal, il a les mains jointes devant lui, serrées sur une pochette en plastique contenant des documents. Il est vêtu d’un caban bleu, le col remonté, et d’un pantalon chino beige. Sobre, neutre comme l’expression de son visage. Il a 31 ans et il est accusé de violences sur sa conjointe à l’époque des faits.
Les violences conjugales, le tribunal correctionnel en voit passer presque tous les jours. Cette fois-ci, les faits reprochés ne sont pas bien différents. Coups de poing, étranglements, menaces de mort réitérées. Mais c’est l’histoire du prévenu qui est particulière.
C’est l’histoire d’un militaire qui sert son pays depuis 12 ans, et qui ne s’est jamais remis de ce qu’il a vu en opération extérieure. L’histoire d’un homme qui, après avoir été déployé sur des théâtres de guerre, a répété des comportements violents à son retour chez lui. Et sa compagne, avec qui il était depuis 11 ans, en a été la victime.
Narration, reportage, réalisation : Clara Grouzis
Conception, musiques : Emmanuel Viau
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

Pour l'amour d'une belle voiture
Grand, le teint hâlé, la quarantaine bien tassée, l’homme arrive à la barre d’un pas alerte et lance un tonitruant : « Bonjour mesdames les juges, bonjour madame la procureure ! » On le croirait là pour passer un entretien d’embauche. Il répond à la présidente de façon très sympathique, presque joviale.
Avant d’arriver devant cette audience collégiale, qui juge les délits les plus graves, il est passé par la case « CRPC », le « plaidé coupable » qui permet d’accélérer le jugement des faits reconnus par leur auteur. Mais dans son cas, reconnaitre ses infractions routières allait de pair avec la confiscation de sa voiture. Et ça, pour lui, ce n’est pas possible.
Cette histoire est celle d’un passionné de voitures japonaises qui était prêt à être condamné pour récupérer son « exceptionnelle » Mitsubishi Lancer.
Narration, écriture : Isabelle Lainé
Réalisation : Mathieu Lerch
Conception, musique : Emmanuel Viau
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

La comptable qui aimait l'argent
Elle porte un grand gilet en laine gris perle, et elle n’a pas l’air très à l’aise. Je pense qu’elle a honte. C’est la première fois qu’elle est devant une juridiction.
Son histoire, c’est celle d’une infraction irrationnelle. Celle d’un geste que l’on commet en se laissant guidant par nos émotions ou nos sentiments. Un geste que tous les protagonistes du procès vont tenter d’expliquer : les juges, le procureur, son avocate et ses anciens employeurs.
Mais aucun ne trouvera le motif. Ils ne pourront apporter que des bribes de réponses, qui nous permettent de nous représenter la jeune femme à un moment donné de sa vie. Parce que rien ne semblait prédestiner cette comptable de 23 ans à voler 57 000 euros à ses patrons.
Narration, reportage, réalisation : Clara Grouzis
Conception, musiques : Emmanuel Viau
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

La tragédie qui a brisé une famille unie
Il n’est pas très grand, la quarantaine. Avec ses cheveux très courts on pourrait le croire militaire ; s’il n’y avait ses lunettes aux montures et aux verres épais. Il garde une attitude tout en retenue, avec un visage qui ne laisse passer aucune émotion. Il s’exprime avec sobriété comme pour éviter de trop en dire.
Quand sa mère, son beau-frère, ses cousins et cousines sont entrés dans la salle, il s’est placé sur le côté, le plus loin possible du passage et n’a pas cherché à soutenir le moindre regard. Sa sœur n’était pas là. C’était trop difficile pour elle.
Cette histoire, c’est celle d’une famille normale qui a volé en éclat. Tout le monde s’entendait bien et se rencontrait régulièrement pendant les repas d’anniversaire ou les fêtes. Jusqu’à ce jour de mars 2020. Alors que le premier confinement commençait, le malheur a frappé dans un garage où l’oncle a tiré sur son neveu, un jeune homme âgé de 19 ans, avec une carabine 22 LR et l’a blessé mortellement.
Narration : Isabelle Lainé
Réalisation : Mathieu Lerch
Musiques : Emmanuel Viau
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

Le policier perd le contrôle
« Mains dans le dos, bien campé sur ses deux jambes, il lève le menton, regarde droit devant. Sa posture est martiale. Comme sa tenue d’ailleurs : un pantalon clair et une veste bleu marine sans un faux pli. Ses cheveux sont coupés à la brosse. C’est un peu cliché mais au premier coup d’œil, ce jeune homme d’une vingtaine d’années, il incarne plutôt bien l’ordre.
Enfin, la plupart du temps. Parce que ce jour-là, face aux juges, c’est lui le fauteur de trouble.
Cette affaire coche toutes les cases, ou presque, de l’erreur de parcours. On va parler d’un jeune homme qui finit mal sa soirée en boite de nuit : ivre, et en insultant le videur.
Rien que de tristement banal... sauf que, circonstance aggravante, le fêtard de 26 ans est policier. Et que son insulte, elle est raciste. »
Narration : Céline Rousseau
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

Tout perdre du jour au lendemain
Deux policiers l’escortent. Il arrive dans la salle d’audience, dans le box des prévenus en plexiglas. Il est petit et frêle dans un tee-shirt à manches courtes bleu. Il a l’air tout faiblard. Je lui donnerai à peine 20 ans. Et je ne l’imagine même pas faire du mal à une mouche.
Il comparait pour avoir insulté et menacé des femmes dans un train, entre Metz et Strasbourg. Mais son histoire a commencé des années plus tôt, quand, étudiant, il est rejeté par sa famille et se retrouve à la rue.
C’est l’histoire d’un homme qui a tout perdu du jour au lendemain, et s’est laissé emporter dans un cercle vicieux d’addictions et de problèmes de santé.
Narration, réalisation : Clara Grouzis
Conception, musique : Emmanuel Viau
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

Le plan foireux de trop
L’homme se tient droit devant la présidente du tribunal, vêtu tout en noir, le pantalon tâché de ce qui semble être de la peinture blanche. Il doit être en tenue de travail. Il ne nie pas les faits, répond aux questions, ne contredit pas ses précédentes déclarations.
Cet homme est devant le tribunal parce qu’il a joué les nourrices. Il a gardé de la drogue chez lui, pour des trafiquants, en échange d’un gros pécule. Il voulait rembourser ses dettes. Mais lui, ce n’est pas un dealer.
C‘est l’histoire d’un gars qui se croit plus malin que les autres. Il pense toujours avoir des idées brillantes et pouvoir faire de l’argent facile. Mais ce sont toujours des fausses bonnes idées. Alors là, un peu de malchance, et c’était le plan foireux de trop.
Narration, réalisation : Clara Grouzis
Conception, musique : Emmanuel Viau
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

Mauvais comptes, mauvais amis
Cette histoire commence sur les bancs de l’école, il y a quarante ans. Deux garçons qui portent le même prénom deviennent amis. En grandissant, ils s’entrainent sur les mêmes terrains de sport, dans la même équipe. Et si la vie professionnelle finit par les éloigner un peu, l’un montant des sociétés, l’autre se lançant dans la restauration, leurs vies privées restent enchevêtrées. Fêtes de fin d’années, anniversaires, vacances… le temps file et ces deux-là restent inséparables. Ils ont même chacun une fille du même âge. Bref, une chouette amitié.
Alors quand l’un des deux se retrouve au chômage, l’autre (le chef d’entreprise) lui propose un job...
C'est une histoire d’escroquerie automobile sur internet somme toute banale que l'on raconte ici. Mais en réalité, on y parle surtout d'emprise et de loyauté mal placée. Car l'amitié, comme l'amour, peut rendre aveugle.
Narration, réalisation : Céline Rousseau
Musique : Emmanuel Viau
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

L'incendiaire de l'éclipse
C’est un homme frêle, timide. Le buste bien droit, immobile. Il tient le regard constamment braqué au sol. Sa main est crispée sur des documents. On devine des feuilles blanches bien propres, pas froissées, et des lignes écrites à la plume.
Quand vient son tour de parler, il colle ses documents sous ses yeux – il a des lunettes, il ne voit pas bien. On comprend qu’il va faire une déclaration. La salle retient son souffle. Puis il parle. En fait c’est plutôt un murmure, de mots mâchés, bredouillés, confus.
Cette histoire commence au moment d’une éclipse totale de soleil. Un événement qu’aucun passionné d’astronomie ne veut rater. Parmi les membres d’un club qui s’étaient réunis pour regarder le ciel, un jeune homme se tient à l’écart. Il a 24 ans. A l’époque il n’a qu’une passion : les sciences. Ce soir-là, il s'en découvre une seconde. Une jeune Anglaise.
C’est l’histoire d’un homme que personne ne comprend. Et qui n’a trouvé, pour se faire entendre, qu'une solution : allumer des feux – dans une sorte de rituel, comme il le dit lui-même.
Conception, narration, musique, réalisation : Emmanuel Viau
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.